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Les banques spéculent à nouveau

Pour rétablir leur situation et répondre aux exigences des nouvelles règles de prudence, les banques essaient de dégager des profits élevés.

Pour rétablir leur situation et répondre aux exigences des nouvelles règles de prudence, les banques essaient de dégager des profits élevés. - -

Plusieurs indicateurs montrent que les banques ont recommencé à augmenter leur portefeuille de produits dérivés.

Les produits dérivés sont des titres financiers sans consistance matérielle dont le prix évolue selon des références matérielles extérieures (on peut par exemple acheter des titres qui évoluent comme le prix de l’or sans avoir en regard de l’or sous quelque forme que ce soit). Cela signifie que les banques veulent accélérer la reconstitution de leur profit, au risque d’amplifier les pertes…et surtout que les banques ont du mal à se couler dans un modèle où leur rôle est celui de prêter à des entreprises, qui créent de la richesse par le travail qu’elles mobilisent.

Alerte sur les banques : elles se remettent à spéculer !

Disons qu’elles se remettent à prendre des risques élevés. Cela vient de ce que, pour rétablir leur situation et répondre aux exigences des nouvelles règles de prudence, elles essaient de dégager des profits élevés.
En France, elles ne peuvent le faire en augmentant leur nombre de clients, car désormais tous les Français pratiquement ont un compte en banque ; elles ne peuvent guère le faire en prêtant aux entreprises vu l’Etat général de la croissance ; elles ont deux solutions : réduire les coûts en réduisant notamment les effectifs, et augmenter les profits sur les marchés dérivés en prenant un maximum de risques.

Est-ce grave ?

Aux Etats-Unis, on a adopté une règle dite "règle Volcker", du nom de son concepteur, qui interdit les achats de dérivés par les banques sauf à la demande de leurs clients : elles ne peuvent pas spéculer pour leur propre compte, mais peuvent assurer la partie logistique de la spéculation si quelqu’un leur demande de le faire. Cette règle, qui a été votée en 2010, doit rentrer en application juste cette année, et elle fait l’objet de contestation Etat par Etat. En fait, derrière tout cela, l’enjeu est que l’on demande des choses contradictoires aux banques : elles doivent avoir beaucoup de fonds propres, c’est-à-dire dégager rapidement des fonds, mais elles ne peuvent guère le faire qu’en prenant des risques, et on les montre du doigt quand elles le font.
La meilleure solution serait probablement de leur tenir un langage clair : vous êtes responsables de vos actes. Vous faites ce que vous voulez mais si vous faites faillite, nous ne viendrons pas à votre secours. Cela suppose deux choses : garantir les dépôts ; généraliser la concurrence pour qu’un client qui a l’impression que la banque fait n’importe quoi, puisse la quitter.

Est-ce vers cela que l'on va ?

Oui et non. L’Union bancaire européenne essaie de s’orienter vers cela. Ce qui est sûr, c’est que le concours apporté à leurs banques par l’Espagne et l’Irlande a tellement déstabilisé ces pays qu’il est vain de penser que les banques pourront encore en cas de problème se tourner vers les Etats pour les sauver.

Jean-Marc Daniel