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Le Crédit Agricole s'oppose à une dérégulation financière à la Trump

Xavier Musca, le directeur général délégué du Crédit Agricole, était l'invité de Good Morning Business ce mercredi.

Xavier Musca, le directeur général délégué du Crédit Agricole, était l'invité de Good Morning Business ce mercredi. - BFM Business

Alors que le président américain commence à défaire la régulation financière adoptée après la crise, des voix s'élèvent en Europe pour suivre ce mouvement. Pas celle de Xavier Musca, DG du Crédit Agricole.

Il y a une dizaine de jours, le vendredi 3 février, Donald Trump lançait le "détricotage" de la régulation financière. Le nouveau président américain a signé deux décrets ordonnant un réexamen des réglementations introduites dans le sillage de la crise financière de 2007-2008, et mettant à mal la loi Dodd-Frank. Est-ce que ce geste va forcer les Européens à s'aligner pour rester compétitifs, et à reculer eux aussi sur la réglementation financière? Pour Casa, c'est non.

D'abord parce qu'il est trop tôt pour dire si les États-Unis sont véritablement en train de changer de braquet sur ces thèmes. "Il y a des déclarations, pas encore d'action, c'est encore un peu nébuleux, il faudra voir comment tout ceci va se traduire", tempère ainsi Xavier Musca, le directeur général délégué du Crédit Agricole, invité de BFM Business ce mercredi.

"Une banque solide n'est pas une banque faible"

Xavier Musca se montre par ailleurs circonspect par rapport à l'objectif de cette politique. "Ce qui me frappe c'est la motivation avancée, qui est de renforcer la compétitivité des banques américaines. Cela paraît surprenant: une étude récente, réalisée par un très respecté professeur anglais, a montré que les banques américaines ont justement gagné des parts de marché depuis la crise. On se demande alors pourquoi il faudrait renforcer encore leur compétitivité", souligne-t-il.

Et de rappeler qu'"au moment où, lorsque j'étais sherpa du président Sarkozy, nous avons créé le forum de stabilité financière, nous avons voulu lancer un message qui était partagé par tous: 'la concurrence c'est bien, c'est normal, mais cela ne passe pas par un abaissement des règles prudentielles'. Cela demeure notre conviction en Europe et au Crédit Agricole. Nous pensons qu'être une banque solide, ce n'est pas être une banque faible".

Tout en admettant qu'il faut "rester vigilant sur les intérêts européens à défendre", Xavier Musca signale que ni lui ni le Crédit Agricole ne sont "demandeurs d'un relâchement général des disciplines". Il faut selon lui préserver l'équilibre actuel: "Il ne faut pas l'accroître, parce que ce serait négatif pour la croissance, il ne faut pas en revanche s'engager dans une nouvelle phase de dérégulation au moment où, de surcroît, l'économie est en train de repartir en Europe".

N.G., Camille Voisin (vidéo)