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La Société Générale a-t-elle encore perdu des milliards ?

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D'après Libération, des placements hasardeux auraient à nouveau coûté 5 milliards d'euros à la Société Générale. Alors que la banque dément, un spécialiste de la finance clarifie la situation.

D'après une enquête du journal Libération, la Société Générale aurait à nouveau perdu 5 milliards d'euros à cause de placements hasardeux. Une affirmation que la banque « dément formellement ».

« Un potentiel de pertes dans toutes les banques mondiales »

Pour Philippe Dessertine, professeur de finances à l'université Paris X Nanterre et directeur de l'Institut des hautes finances : « ce n'est pas impossible, mais c'est compliqué. Comme beaucoup de banques dans le monde aujourd'hui, explique-t-il, la Société Générale détient des actifs dits "toxiques", c'est-à-dire des actifs pour lesquels on n'a pas totalement évalué les pertes pouvant provenir de la baisse des marchés et de la crise que nous traversons actuellement. Il y a donc un potentiel de pertes dans les banques mondiales.
Du point de vue comptable, on a une non-obligation de publier la totalité de ces pertes. Vous perdez quand vous revendez votre produit beaucoup moins cher que ce que vous l'avez acheté. Mais tant que vous ne l'avez pas revendu, vous ne pouvez pas considérer que la perte est encore certaine. Avec les fluctuations très fortes des marchés actuels, on peut par exemple espérer que ce que vous considériez comme perdu, puisse être reconstitué. »

Pourquoi « les banques font le gros dos et espèrent... »

Doutant des prévisions chiffrées du journal Libération, Philippe Dessertine poursuit : « dans les comptes de la Société Générale, comme d'ailleurs dans les comptes des autres banques françaises, il n'y a pas de représentation précise des risques de pertes complémentaires qui pourraient être envisagées. Dans l'article de Libération, on décortique le moment où d'une part il y a eu l'affaire Kerviel (début 2008) et d'autre part la banque a du solder une partie de ses pertes liées à ces expositions, à ces opérations qu'elle a pu faire sur les marchés risqués. Et donc, là effectivement on dit : toutes les pertes ont-elles été soldées ? Si la réponse est non [pour la Société Générale], elle n'est pas la seule. Toutes les banques mondiales aujourd'hui, attendent, font le gros dos en espérant qu'elles n'auront pas à solder la totalité de leurs pertes, en espérant un retour à un marché plus stable, ce que l'on voit actuellement sur les marchés boursiers. Le problème qui peut se poser, c'est qu'il y ait d'autres catastrophes qui arrivent. C'est ce qui inquiète tout le monde dans la banque mondiale, notamment le FMI (Fonds monétaire international). Si ça se dégrade encore dans un domaine financier quelconque - et il y en a un certain nombre dans lesquels il peut y avoir des craintes - on risquerait d'être obligés de solder toutes les pertes. Et là, ça ferait mal. »

La rédaction-Bourdin & Co