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Coronavirus: en Chine, les exportations s'effondrent de 17,2% en janvier et février

Les autorités chinoises multiplient les mesures pour encourager la reprise de l'activité (crédits aux petites entreprises, rabais fiscaux, assouplissements réglementaires...), laissant espérer un fort rebond à court terme.

Les autorités chinoises multiplient les mesures pour encourager la reprise de l'activité (crédits aux petites entreprises, rabais fiscaux, assouplissements réglementaires...), laissant espérer un fort rebond à court terme. - Adobe Stock - TTstudio

La Chine a vu ses exportations s'effondrer de 17,2% sur un an sur les deux mois cumulés de janvier-février, reflet d'une économie paralysée par l'épidémie due au nouveau coronavirus, tandis que ses importations s'affichaient en léger repli.

Les exportations chinoise en chute de 17,2% sur un an sur les deux mois cumulés de janvier-février. Il s'agit de la plus forte chute des exportations du géant asiatique depuis février 2019, en pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis, selon les chiffres publiés samedi par les douanes chinoises.

Ce décrochage est plus marqué que le plongeon de 16,2% anticipé par les économistes sondés par l'agence Bloomberg. Les vacances du Nouvel an lunaire, qui tombait le 25 janvier, avaient été prolongées jusqu'au 10 février pour enrayer l'épidémie, mais la reprise de l'activité est restée ensuite très parcellaire, beaucoup d'usines peinant à redémarrer leur production.

L'effondrement de l'activité dans le secteur manufacturier et les services

Les mesures drastiques maintenues pour contenir la propagation du virus --entre quarantaines, consignes de confinement et restrictions de circulation-- compliquent le retour des ouvriers et bouleversent les chaînes d'approvisionnement, tandis que le transport des marchandises reste très perturbé. Pour les mêmes raisons, la demande du pays s'en est fortement ressentie.

Alors que nombre d'usines sont restées quasiment à l'arrêt en février et les consommateurs calfeutrés chez eux, les importations chinoises ont reculé de 4% sur un an sur les deux premiers mois de l'année, selon les douanes. Ce repli est toutefois bien moins prononcé que la chute de 16,1% attendue par les analystes interrogés par Bloomberg.

C'est la première fois que les douanes publient des données cumulées pour janvier et février ; aucun chiffre n'était livré pour le seul mois de février. Ces statistiques confirment l'ampleur spectaculaire de l'impact économique de l'épidémie. De récents indices des directeurs d'achat (PMI), tombés à des niveaux jamais enregistrés jusqu'alors, ont montré l'effondrement de l'activité en février, dans le secteur manufacturier comme dans les services.

"Les données montrent que les usines chinoises n'ont toujours pas repris leur production à pleines capacités", avertissait dès vendredi Julian Evans-Pritchard, analyste du cabinet Capital Economics. Par ailleurs, "les retards s'allongent dans les ports chinois, entraînant une accumulation de navires en attente de déchargement", de quoi pénaliser les importations, avertissait-il.

Hausse des importations de pétrole brut

De l'avis des experts, cependant, le cumul des données de janvier et février brouille le tableau. Les chiffres des douanes "ne reflètent pas complètement l'ampleur du récent affaiblissement (du commerce), car les perturbations ont été concentrées surtout en février", regrettait M. Evans-Pritchard. Selon lui, "le plongeon récent des échanges commerciaux a été beaucoup plus prononcé que ce que suggèrent les chiffres officiels".

Les douanes ont notamment fait état samedi d'une hausse d'environ 5% sur un an des importations chinoises de pétrole brut pour janvier-février, à 86,1 millions de tonnes... mais le nombre reflète avant tout le gonflement traditionnel des achats chinois en janvier avant les congés du Nouvel an. Et certains experts mettent en garde contre l'augmentation, à des sommets, des stocks pétroliers chinois alors que la consommation intérieure ne suit pas.

Les autorités chinoises multiplient les mesures pour encourager la reprise de l'activité (crédits aux petites entreprises, rabais fiscaux, assouplissements réglementaires...), laissant espérer un fort rebond à court terme. Mais l'épidémie s'accélère dans le monde entier, menaçant l'économie des voisins asiatiques de la Chine (Japon, Corée du Sud), et surtout dans l'Union européenne et aux Etats-Unis, les deux premiers partenaires commerciaux du géant asiatique.

Le courroux de l'administration Trump

Certes, "les échanges commerciaux chinois pourraient revenir à la normale graduellement d'ici fin mars ou au début du deuxième trimestre", avance Ning Zhang, économiste de la banque UBS citée par Bloomberg. Mais "les vents contraires viennent d'une expansion tous azimuts du coronavirus à l'échelle planétaire ou d'une pandémie qui durerait plusieurs trimestres, ce qui plomberait la demande mondiale et les exportations chinoises", insiste-t-il.

Dans l'immédiat, l'épidémie pourrait compromettre la concrétisation d'un accord commercial partiel sino-américain conclu en janvier, en vertu duquel la Chine s'engageait à acheter pour 200 milliards de dollars de biens américains supplémentaires. 

Logiquement, l'excédent commercial de la Chine avec les Etats-Unis s'est contracté de 40% sur un an pour janvier-février cumulés, tombant à 25,4 milliards de dollars selon les douanes, en raison de l'effondrement des exportations du pays. Cet excédent suscite le courroux de l'administration Trump et est au coeur de la guerre commerciale des deux puissances.

P.S. avec AFP