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Bientôt un monde où vous ne sortirez plus votre carte de crédit ni votre smartphone pour payer?

Amazon teste des magasins sans caisses

Amazon teste des magasins sans caisses - Amazon - Capture d'écran

[AVIS D'EXPERT] A l'instar d'Amazon avec ses magasins sans caisses, de plus en plus d'entreprises réfléchissent à des manières de faire payer leurs clients "sans friction". Décryptage avec notre expert Guillaume Almeras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor.

Demain, nous vivrons dans un monde "post-paiement", annonce une stimulante et récente étude publiée par la fintech Marqeta & la société de conseil Consult Hyperion, fondée sur une enquête menée auprès du public britannique et européen.

Un monde "post paiement", cela ne signifie pas que tout sera gratuit mais que l’acte de payer ne sera plus nécessaire. Différents exemples peuvent déjà en être donnés, comme la technologie sans caisse Just Walk Out déployée dans les magasins Amazon Go. Elle utilise des caméras, des capteurs et de l’intelligence artificielle pour dispenser les clients de payer leurs achats avant de quitter le magasin. Il suffit de se connecter à son compte Amazon et de scanner un QR Code à l’entrée. Il n’y plus ensuite qu’à faire ses emplettes. Caméras et capteurs identifient les articles choisis et le compte est automatiquement débité à la sortie. Une telle expérience d’achat sans règlement est dite "sans friction".

Selon l’étude Marqeta Consult Hyperion, cette approche "frictionless" va se généraliser. On achètera toujours des choses mais cela se fera en quelque sorte sans nous. Et pour cela, deux étapes préalables seront nécessaires.

D’abord généraliser les paiements sans contact et, puisque le but est de ne pas avoir à utiliser de moyens de paiement particuliers, le mieux sera d’utiliser directement notre corps lui-même. Ce pourront être des puces spécialisées, glissées dans nos habits, nos montres ou directement greffées sous la peau de notre main – selon l’enquête, 51% des répondants seraient prêts à l’envisager. Mais la reconnaissance faciale ou vocale feront également très bien l’affaire.

Des comportements de paiement lents à changer

Ensuite, nos paiements seront assistés. Rappelons en effet que demain, notre existence sociale sera inséparable d’une ou de quelques applis à partir desquelles notre vie sera gérée et nos comportements constamment guidés. La conduite automobile en offre d’ores et déjà de plus en plus l’exemple. L’intelligence artificielle sera là ainsi pour nous aider: compte tenu des conditions et de notre situation financière, faut-il mieux activer une option carte de crédit plutôt que simplement de débit? Choisir un paiement fractionné? Comme ces questions sont bien fatigantes et pour une vie "sans friction", nous laisserons nos applis non seulement nous aider mais même décider au mieux pour nous.

Mais non pas pour faire n’importe quoi bien sûr! L’étude le souligne. Nos applis de gestion financière devront respecter des règles éthiques. Il y a des choses que nous ne voulons pas financer. Demain, il y a des choses que nos applis ne nous laisseront pas financer. Et l’enquête montre que beaucoup, surtout les plus jeunes, admettent et même réclament de telles dispositions.

Bien entendu, ces perspectives ont de quoi inquiéter. Mais les rédacteurs de l’étude semblent assez confiants. Aujourd’hui, les grands débats sur la liberté individuelle n’ont plus beaucoup d’impact réel. Via réseaux sociaux et influenceurs, l’adoption des nouvelles technologies est tribale. Elle se généralise par la conversion de groupes d’affiliation. C’est pourquoi l’éducation financière, dont les banques se soucient depuis quelques années, n’est en fait qu’un vain mot. Comme l’exprime Brett King – un leader d’opinion en matière d’innovations bancaires aux Etats-Unis – le mieux pour accroitre le bien être financier "isn’t to educate but to simply facilitate".

Tous esclaves de la facilité demain? Le mérite de cette étude est de poser clairement des perspectives à 2030, auxquelles on peut objecter que les paiements représentent l’un des domaines où les comportements sont les plus conservateurs. Le paiement sans contact en témoigne: il a fallu quinze ans et le déclic d’une pandémie mondiale pour l’installer. Il faut en général une génération pour qu’un mode de paiement se substitue largement à d’autres. Auparavant, il s’ajoute plutôt à ceux existants (et c’est actuellement le cas du paiement sans contact). Voilà ce qu’on peut objecter au futur paysage des paiements que campe l’étude. Mais c’est à peu près tout.

Par Guillaume Almeras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor