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"Baleine de Londres": deux ex-traders de JPMorgan poursuivis

Trois anciens traders de JPMorgan Chase se seraient rendus coupables de fraude dans l'affaire de la "baleine de Londres", mais deux seulement sont poursuivis.

Trois anciens traders de JPMorgan Chase se seraient rendus coupables de fraude dans l'affaire de la "baleine de Londres", mais deux seulement sont poursuivis. - -

Les Etats-Unis ont engagé, ce 14 août, des poursuites pénales contre deux anciens salariés de JPMorgan. Ils sont accusés d'avoir falsifié les comptes internes de la banque pour dissimuler 6 milliards de dollars de pertes.

Seule la "baleine de Londres" échappe à la justice dans l'affaire qui continue d'être désignée par son surnom. Les Etats-Unis ont annoncé, ce mercredi 14 août, entamer des poursuites, au civil et au pénal, contre deux ex-traders de JPMorgan, un Français et un Espagnol.

Julien Grout et Javier Martin-Artajo sont mis en cause pour leur rôle dans cette affaire des paris gigantesques sur le marché des dérivés, qui ont mal tourné. Ils auraient falsifié les comptes internes de la première banque américaine pour masquer une perte de 6 milliards de dollars liée à ces positions.

En revanche, Bruno Iksil, l'ex-trader français de JPMorgan Chase, qui avait pris lesdites positions, a conclu un accord amiable avec les autorités et n'est donc pas inquiété. Rappel des faits.

> Qu'est-ce que l'affaire de la baleine de Londres?

En avril 2012, à la City, des investisseurs cités par Bloomberg constatent des mouvements énormes et inexplicables sur les prix des CDS, des produits financiers qui assurent contre les défauts de paiement des entreprises et des Etats.

Ces variations exceptionnelles seraient dues aux positions gigantesques d'un trader français de JPMorgan Chase à Londres, Bruno Iksil. Il aurait investi des sommes qui se comptent en dizaines de milliards de dollars pour le compte de son employeur sur les CDS.

Des montants tels qu'ils ont déstabilisé ce marché, et déréglé les indices qui mesurent le risque de défaut des entreprises. C'est le fait qu'un trader isolé ait pu, à ce point, influencer un pan entier de la finance, qui lui a valu le surnom de "baleine de Londres".

Début 2012, ces positions sont devenues trop visibles. Les autres traders commencent à parier contre Iksil, ce qui force JPMorgan à brader ces positions. Le déblocage fait perdre 6 milliards de dollars à la banque.

> Quel rôle ont joué les traders poursuivis?

Le Français Julien Grout et l'Espagnol Javier Martin-Artajo sont accusés d'avoir truqué les comptes internes de JPMorgan pour tenter de dissimuler les 6 milliards de dollars de pertes. Le premier était le subordonné d'Iksil à Londres, le second son supérieur.

Sur la période de mars à mai 2012, les deux traders se seraient "entendus avec d'autres pour commettre des actions criminelles contre les Etats-Unis, pour falsifier des comptes et bilans", indique la plainte du département américain de la Justice.

De son côté, l'autorité des marchés américains, la SEC, a déposé plainte au civil mercredi contre les deux anciens employés à qui elle reproche d'avoir "mal comptabilisé, de façon frauduleuse, des investissements dans un portefeuille de titres dérivés de crédits de plusieurs milliards de dollars".

Le but, selon le gendarme de la Bourse: "masquer des pertes qui auraient atteint des centaines de millions de dollars si ces titres avaient été comptabilisés à leur valeur de marché".

> Pourquoi Bruno Iksil échappe-t-il aux poursuites?

L'ex-trader a collaboré avec les autorités américaines. Il a avoué au bureau du procureur fédéral de New York" qu'il avait participé à "la valorisation inexacte de titres de dérivés de crédits qui étaient détenus par JPMorgan Chase entre janvier 2012 et avril 2012", d'après le texte de l'accord.

Pour avoir aidé à faire avancer l'enquête, le Français a l'assurance qu'"aucune des informations qu'il donnera ou ses dépositions ne seront retenues contre lui dans des poursuites pénales".

Un rapport sénatorial américain publié en mars a révélé que ces bilans internes quotidiens sur les positions incriminées minimisaient les pertes encourues de plusieurs centaines de millions de dollars.

Nina Godart et avec agences