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A cause des taux bas, le Crédit Agricole estime que LCL vaut 600 millions d'euros de moins

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Cette dépréciation de la filiale de la banque verte aura un impact sur le résultat net du groupe. L'établissement bancaire indique toutefois qu'il ne modifiera pas sa politique de dividendes.

Les taux bas pèsent de plus en plus sur la rentabilité des banques. Crédit Agricole SA, entité cotée du groupe bancaire mutualiste, a ainsi annoncé mardi avoir déprécié d'environ 600 millions d'euros LCL, son enseigne de banque de détail rachetée en 2003.

Cette dépréciation, qui sera enregistrée dans les comptes consolidés du quatrième trimestre, aura un impact direct sur le résultat net du groupe, indique-t-il dans un communiqué.

Cette charge n'affectera toutefois pas sa solvabilité, ni ses liquidités. La politique de dividende du groupe ne sera également pas remise en cause, souligne la banque qui réaffirme ses objectifs financiers et commerciaux à horizon 2022, parmi lesquels un résultat net supérieur à cinq milliards d'euros. "Sans remettre en cause l'équilibre financier global du groupe Crédit Agricole dans son ensemble, l'environnement macroéconomique et financier actuel dans lequel LCL opère a pesé sur sa valeur d'utilité", explique le groupe.

Une première dépréciation en 2017

Plus clairement, l'environnement durable de taux bas a fini par peser sur la valeur de la banque de détail. En janvier 2017, LCL avait déjà subi une dépréciation de sa valeur de plus de 490 millions d'euros en raison d'une renégociation massive des prêts immobiliers, un phénomène également lié à la baisse des taux d'intérêt. Lors de son rachat en 2003 via une offre publique d'achat (OPA), la banque verte valorisait le Crédit Lyonnais (devenu depuis LCL) 19,5 milliards d'euros.

L'environnement de taux bas est la conséquence de la politique menée par la Banque centrale européenne (BCE), qui décide de la politique monétaire des 19 pays membres de la zone euro, en fixant notamment le niveau des taux d'intérêt dits "directeurs". Ces taux influent sur le coût du crédit pratiqué par les banques ainsi que sur le rendement de l'épargne.

Taux de dépôt négatif à la BCE

Or depuis plus de cinq ans, la BCE sanctionne financièrement les banques, au travers d'un taux dit "de dépôt" négatif, lorsque celles-ci placent à court terme des surplus de liquidités auprès d'elle au lieu de les injecter dans l'économie. 

Au début de l'année, le secteur bancaire s'attendait à une remontée des taux de la BCE dès le deuxième semestre. Un espoir douché en juin par Mario Draghi, alors président de la BCE, puis en septembre avec un nouvel abaissement du taux de dépôt à -0,50% (contre -0,40% depuis mars 2016). La BCE a néanmoins modifié ce mécanisme, devenu très coûteux pour les banques, en instaurant un système de taux négatifs à deux paliers permettant d'exonérer ainsi un volume important de liquidités à taux négatifs.

Mais outre cet impact sur les liquidités excédentaires des banques, cette politique affecte directement leur rentabilité sur leur activité de prêt en réduisant chaque fois davantage la marge entre le taux d'intérêt auquel les établissements bancaires prêtent et celui auquel ils se refinancent.

Diversifiée, les banques françaises résistent mieux

La dépréciation de LCL apparaît également comme le reflet d'un horizon assombri pour le secteur bancaire. Pour l'agence de notation Moody's Investor services, les perspectives pour le secteur bancaire européen en 2020 s'affichent négatives essentiellement à cause des taux bas mais aussi d'une croissance économique molle dans la zone euro.

Reste que le modèle commercial diversifié des banques françaises est un atout pour résister à cette conjoncture adverse. Très présents dans l'assurance, la gestion d'actifs, les services financiers spécialisés et la banque de financement et d'investissement, les établissements français ont de cette manière réussi à endiguer les effets néfastes des taux bas sur leur rentabilité. 

"L'activité de LCL est par ailleurs dynamique, avec une conquête nette de plus de 49.000 clients au cours des neuf premiers mois 2019 et une bonne croissance des encours et de l'équipement des clients", met ainsi en avant Crédit Agricole SA. 

OC avec AFP