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Rachat de Suez: Engie demande un milliard de plus à Veolia

Le groupe cherche à faire monter les enchères après l’offre de rachat de Veolia sur sa participation dans Suez. Il souhaite que Veolia intègre à son projet la direction de Suez pour éviter qu’elle ne s’oppose à l’opération.

Engie qui rit, Suez qui pleure. Après l’offensive de Veolia sur son concurrent français Suez, son premier actionnaire Engie se frotte les mains. Il y a un mois, le groupe d’énergie avait ouvert la porte à une vente de sa participation de 32,2% dans le deuxième acteur de l’eau en France. Une occasion unique pour le rival de toujours Veolia qui a saisi la balle bond.

Son offre de près de 10 milliards d’euros a de quoi séduire Engie qui peut retirer 2,9 milliards d’euros en cash de cette opération. L’immense appétit de Veolia pour Suez le rend exigeant avant de dire "oui". Le groupe énergétique sait que le PDG de Veolia, Antoine Frérot fera les efforts nécessaires pour remporter la mise. Selon plusieurs sources, Engie fixe déjà ses conditions.

1 milliard de plus à mettre

Jeu des enchères oblige, le groupe présidé par Jean-Pierre Clamadieu fait la fine bouche sur le prix de 15,5 euros par action proposé par Veolia. Malgré une prime de 49%, sur un cours qui a beaucoup souffert pendant la crise du coronavirus, Engie va tenter de le faire encore un peu grimper. "Le cours de 17 euros est un bon prix", relate une source proche. Un niveau qui coûterait tout de même 1 milliard d’euros de plus ! " Veolia a les moyens de mettre ce prix, mais guère plus" note un bon connaisseur du groupe.

Engie insiste aussi sur le devenir industriel de Suez qui sera démantelé en France. Le mariage entre Veolia et Suez est très complémentaire à l’international. Mais il pose des problèmes de concurrence "patents" selon les propres mots d’Antoine Frérot. D’abord dans la distribution de l’eau en France où les deux groupes pèseraient les deux tiers du marché. Mais aussi dans la gestion des déchets, notamment l’incinération. Au total, deux tiers de Suez en France sera revendu. Lundi soir, la conseil d’administration de Suez a manifesté son inquiétude en jugeant l’offre de Veolia "préoccupante" sur l’avenir des activités de distribution d’eau en France.

Suez s’inquiète pour ses activités françaises

Pour éviter un véto de l’autorité de la concurrence, Veolia s’est allié au fonds d’investissement français Meridiam à qui il revendra ces activités de distribution d’eau de Suez en France. Mais "on a besoin de savoir ce que veut faire Meridiam", précise une source proche d’Engie. Le fonds français bénéficie malgré tout d’une bonne réputation, et de relai chez Engie. L’une des dirigeantes de Meridiam, Sandra Lagumina, a passé dix ans au sein de l’état-major d’Engie.

Enfin, Engie sait que la direction de Suez ne peut "que mal réagir à l’offensive de son premier rival", explique un proche de Suez. Le PDG de Veolia n’a tendu aucune perche à la direction générale de Suez quant à son avenir au sein de son groupe. "Veolia doit faire de la place et intégrer les dirigeants de Suez", assure un protagoniste du projet. Un volet que Veolia devra aborder dans les semaines à venir s’il veut créer le consensus autour de son projet. La négociation ne fait que commencer. L’offre de Veolia est valable jusqu’à fin septembre.

Matthieu Pechberty