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Près d'une salariée sur deux est confrontée au sexisme

62%  considèrent cependant que les interpellations familières de type "ma belle" ou "ma grande" sont bienveillantes, comparé à 58% des femmes cadres

62% considèrent cependant que les interpellations familières de type "ma belle" ou "ma grande" sont bienveillantes, comparé à 58% des femmes cadres - Unsplash- CC

Les auteurs d'"agissements sexistes" peuvent faire l'objet d'une sanction pouvant aller jusqu'au licenciement. Mais les mauvaises habitudes perdurent. A tel point que 53% des femmes ont déjà décidé de changer de tenue ou d'éviter de croiser certains collègues pour ne pas subir leurs remarques.

En arrivant chaque matin au boulot, une collègue se fait systématiquement saluer par un "Comment va ma jolie blonde préférée? Mais c'est qu'elle est ravissante avec cette petite jupe qui la met si bien en valeur". Si la majorité des hommes pensent qu'il s'agit d'une phrase de bienvenue, il n'en est rien. Ces paroles relèvent purement du sexisme. Le phénomène n'a rien d'anecdotique. Près d'une salariée non cadre sur deux (47%) a déjà été confrontée directement au sexisme au travail, en tant que témoin ou en tant que cible, selon une enquête BVA pour le Conseil supérieur de l'égalité professionnelle (CSEP) (1), publiée ce jeudi.

Cette étude a été présentée aux ministres Laurence Rossignol (Droits des femmes) et Myriam El Khomri (Travail), ainsi qu'un guide rédigé par le CSEP pour aider les entreprises à agir contre le sexisme.

Le terme sexisme a été introduit dans le code du travail par la loi du 17 août 2015 sur le dialogue social. Les auteurs d'"agissements sexistes" peuvent faire l'objet d'une sanction disciplinaire allant du simple avertissement jusqu'au licenciement, tandis que les employeurs peuvent être condamnés à réparer le préjudice subi par les victimes.

Les femmes peuvent se sentir humiliées

Outre une fiche juridique, ce "kit pour agir contre le sexisme" liste dix actions pouvant aider les entreprises dans leur lutte contre ce phénomène (définir clairement les actes prohibés, construire une communication dépourvue de stéréotypes de sexe ...).

Selon l'enquête, 18% seulement des femmes interrogées estiment que leur entreprise combat le sexisme, contre 33% des hommes. Près de la moitié (42%) ont eu le sentiment que, parce qu'elles sont des femmes, elles n'ont pas été augmentées ou perçu de primes. Les trois quarts des femmes confrontées au sexisme au travail ont ressenti un sentiment d'injustice, de colère ou d'humiliation.

Plus de la moitié (53%) ont déjà adopté une "conduite d'évitement" pour ne pas avoir à affronter le sexisme (ne plus porter certaines tenues vestimentaires, éviter de croiser certains collègues ou managers, ne pas demander certains postes ...).

Les femmes plus strictes sur le vocabulaire à employer

Signe d'une certaine ambiguïté, plus de 6 femmes non cadres sur 10 (62%) considèrent cependant que les interpellations familières de type "ma belle" ou "ma grande" sont bienveillantes, comparé à 58% des femmes cadres interrogées dans une précédente enquête en 2013.

Deux tiers des femmes non cadres soulignent une stigmatisation élevée des mères. Des stéréotypes pèsent aussi sur les hommes: 38% d'entre eux ont déjà entendu des phrases dénonçant leur non-conformité aux "codes de la virilité": "il est trop gentil. Pour faire ce métier, il faut 'en avoir'", "c'est une femmelette", "il fait passer ses enfants d'abord, on ne peut pas compter sur lui".

(1) L'étude a été réalisée à partir de deux enquêtes: un sondage national auprès d'un échantillon représentatif de 1.502 salariés non cadres (52% de femmes et 48% d'hommes), interrogés par internet du 16 au 23 septembre; une consultation auprès de 10.068 salariés non cadres de huit entreprises françaises (59% de femmes et 41% d'hommes), interrogés par internet du 24 septembre au 5 octobre.

C.C. avec AFP