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Pourquoi l'entreprise devrait chérir les procrastinateurs

"Mieux vaut ne pas dire en entretien d'embauche que l'un de vos défauts est votre tendance à la procrastination. Pourtant, ce penchant qui vous pousse à attendre le dernier moment pour faire ce que vous avez à faire est un vrai plus pour votre entreprise."

Petit éloge de la procrastination au bureau! Le mot semble un peu pompeux. C’est juste cette tendance à attendre le dernier moment pour faire ce qui doit être fait. Et en attendant, on surfe sur Facebook, on papote à la machine à café, on inverse les lettres du clavier de ses collègues.

Si vous avez le malheur d’avouer en entretien que votre capacité de concentration dépasse à peine celle d’un poisson rouge, il y a peu de chances qu’on vous rappelle. Pourtant, les 20% de la population qui avouent être des procrastinateurs sont de l’or en barre pour les entreprises!

Le procrastinateur est productif, efficace et créatif

Comment? Des dizaines d’études montrent qu’on est plus efficace et productif quand on procrastine. On trouve des moyens simples et rapides de résoudre les problèmes, on stimule sa créativité. Et notre cerveau est mieux reposé, donc plus efficient quand on s’y met vraiment. D’autant que, quand on ne sollicite pas ses neurones, ils travaillent quand même: ils trient, ils organisent. Notre cerveau est en mode pilote automatique.

Certes, pour 5% de la population, la procrastination atteint un stade problématique. Ils font tout au dernier moment, et mal. Mais même ces cas "cliniques" peuvent servir à l’entreprise. Il faut juste les faire travailler en équipe. Parce que le procrastinateur la rend meilleure.

Explication: en réalité, tout le monde a un petit penchant à la procrastination. Mais si on nous fait travailler sur un dossier avec quelqu’un de pire que nous, notre penchant naturel se réduit.

Seule la diversité fonctionne

Ce sont deux chercheurs canadiens en économétrie -une science qui mêle les maths et la statistique- qui ont prouvé ce phénomène. Ils ont pris un scénario: une mission importante à assumer à deux. Ils ont modélisé différents comportements qu’on trouve en open space, et mis tout ça dans un ordinateur. Le résultat surprend: si on met un "doux rêveur" dans l’équipe, l’autre se donne à 110%. Mieux: le travail qu’il produit tout seul est encore meilleur que s’il l’avait fait avec un binôme qui lui ressemble, quelqu'un qui se serait donné à fond également.

Les deux chercheurs en déduisent que seule la diversité fonctionne. Deux qui procrastinent, ça ne marche pas. Mais deux qui triment comme des bêtes, ça ne marche pas non plus. En somme, il faut un peu de tout pour faire marcher le monde de l’entreprise.

Nina Godart