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Pourquoi il est temps d'en finir avec le clavier Azerty

Héritée de l'époque des machines à écrire, la répartition actuelle des lettres sur les claviers francophones n'est plus du tout adaptée à nos usages. Elle pose des problèmes de santé, d'efficacité, et de rigueur lexicale.

Savez-vous pourquoi on tape sur un clavier Azerty? Cette disposition des touches a été décidée au temps de la machine à écrire. Pour éviter que les marteaux des touches ne s’emmêlent, ses concepteurs ont éloigné au maximum les lettres qui sont souvent côte à côte dans les mots. Cela a donné le clavier Qwerty en anglais et Azerty en français. En passant à l’ordinateur, on a gardé le même clavier, quand bien même les contraintes devenaient radicalement différentes.

Depuis longtemps, des spécialistes travaillent sur des alternatives. Comme le clavier Bepo. Inspiré du clavier Dvorak anglais, il a été conçu grâce à un algorithme qui prend en compte la composition des mots français et la façon dont on tape réellement. À l'arrivée, on y trouve les voyelles d’un côté, les consonnes de l’autre, et au milieu les touches type espace, entrée, retour.

Une vitesse de frappe accrue de 20%

Abandonner l'Azerty au bénéfice du Bepo suppose certes de réapprendre à taper. Mais les convertis disent que dactylographier avec ce clavier idéal s’apprend bien plus rapidement qu'avec la version traditionnelle. Et que leur vitesse de frappe a crû de 20%. Notamment parce qu'ils font beaucoup moins de fautes de frappe. En outre, comme il est plus ergonomique, il cause moins de syndromes méta-carpiens, ces soucis musculaires et squelettiques des mains.

Pour les entreprises, le bénéfice est double: il permet davantage de productivité et suscite moins d’arrêts maladie. D'où cette question: pourquoi aucune n'a adopté le clavier Bepo? Il semblerait que seule la force des habitudes soit à blâmer. Microsoft, Apple et les autres fabricants d'ordinateurs, eux, ont adapté leurs systèmes d'exploitation afin qu'ils soient compatibles avec toutes sortes de clavier.

La Culture en guerre contre l'azerty

Mais aujourd'hui, le changement est en marche. L’année dernière, le ministère de la culture s’est saisi du problème. Pas pour des questions de productivité ni même de santé, mais parce que, selon un rapport de l'institut de promotion des langues, "il est quasi impossible d'écrire correctement le français en azerty". Les majuscules avec accent, le "ç" majuscule, les e dans l’o ou dans l'a, les guillemets, nécessitent en effet de fastidieuses combinaisons de touche.

Un groupe de travail a donc été formé sous l'égide de l'Afnor, l'Association française qui édite les normes. Il devait formuler des recommandations cet été. Mais le projet de clavier français a suscité un tel engouement qu’ils ont dû repousser la date-butoir à début 2017.

Des propositions, pas d'obligation

Des pays francophones comme la Belgique ont voulu participer. Maintenant, une trentaine d'organisations composent le groupes: des fabricants de claviers, l'opérateur Orange, des représentants de Bepo, des délégations étrangères, des universités qui étudient les syndromes métacarpiens et la frappologie, etc.

Alors pas de panique, personne ne va vous forcer à adopter les nouvelles normes. Le groupe devrait juste formuler des propositions pour adapter l’azerty, pas tout révolutionner. Et si vous décidez de les suivre, pas besoin d’acheter un nouveau clavier: comme le Bepo, cette nouvelle disposition des touches pourra s'insérer dans le clavier physique que vous possédez déjà.

Nina Godart