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Pourquoi certains salariés préfèrent l'abandon de poste à la démission

Sans fournir d'explications, des salariés décident de ne plus revenir sur leur lieu de travail. Ils tablent ainsi sur un licenciement, qui leur donnera le droit à des indemnisations chômage.

Un soir, ils quittent le bureau en disant "à demain" à leurs collègues. Et le lendemain, ils ne reviennent pas. Ni les jours suivants. L'abandon de poste est une pratique qui semble se multiplier. Selon les témoignages recueillis par la rédaction de Linkedin, les professionnels RH sont familiers de ce phénomène. Les professions en tension seraient particulièrement exposées au "ghosting", un anglicisme pour désigner les disparitions du jour au lendemain sans explications. Alors qu'ils sont fraîchement embauchés, ces salariés continuent de chercher en parallèle un autre poste. Et quand ils ont trouvé mieux ailleurs, ils préfèrent abandonner leur job du jour au lendemain plutôt que de poser leur démission. La jeune génération serait aussi adepte de cette pratique. Quand ils ne se sentent pas en adéquation avec la culture d'entreprise, ils partent sans donner de nouvelles.

A la clé, des indemnités chômage

Pour le salarié, l'abandon de poste offre bien des avantages. Contrairement à la démission, il ne sera pas contraint de respecter un préavis et il pourra toucher des indemnités chômage, s'il répond aux critères de Pôle Emploi. "Contrairement à ce que l'on croit, un licenciement pour faute grave ou lourde donne droit aux indemnités chômage", fait valoir Vincent Manigot, avocat au cabinet de Pardieu Brocas Maffei.

Le salarié est bien tenu de justifier dans les 48 heures son absence, mais comme il veut obtenir une rupture de contrat, il lui suffit de faire la sourde oreille aux sollicitations de son employeur et d'attendre d'être licencié. L'entreprise ne peut le considérer comme démissionnaire, faute d'avoir une preuve de sa volonté de mettre fin à son contrat. La seule voie pour l'entreprise est d'entamer une procédure de licenciement, après lui avoir envoyé des mises en demeure écrites lui enjoignant de reprendre son poste ou de justifier son absence.

Faire traîner la procédure n'est pas sans risque

"Il y a peu de chances que l'entreprise obtienne des dommages et intérêts pour non-respect du préavis ou pour le préjudice subi devant les prud'hommes. Sauf si elle peut caractériser l'intention de nuire de la part du salarié", précise Vincent Manigot. Cela peut être le cas lorsqu'un collaborateur prépare un salon, et le jour où celui-ci ouvre, ne se présente pas, et que l'employeur découvre qu'il est passé à la concurrence.

L'employeur peut cependant choisir de faire traîner la procédure de rupture de contrat pour mettre le salarié dans une situation financière délicate. En effet, ce dernier ne perçoit plus de salaire et faute de pouvoir prouver son licenciement, il ne peut prétendre à aucune allocation auprès de Pôle emploi. "Certaines entreprises en font une question de principe, pour ne pas cautionner le fait que le salarié soit indemnisé. Mais elles se mettent dans une situation inconfortable car rien n'empêche le salarié de revenir à son poste", met en garde l'avocat.

Coralie Cathelinais