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Pour une entreprise, est-ce un bon plan de quitter Paris?

De nombreuses sociétés ont quitté le centre de la capitale pour louer moins cher des bureaux en banlieue. Mais au final, il n'est pas certain qu'elles soient gagnantes, ni en terme d'économies ni en attractivité.

Paris c'est hors de prix, on ne peut plus se le permettre, direction des villes de proche banlieue comme Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Montrouge (Hauts-de-Seine) ou encore Clichy (Hauts-de-Seine). Ces dernières années, beaucoup d'entreprises ont fait ce choix. Le groupe de réassurance Scor est parti à la Défense. D'autres, comme Crédit Agricole, SFR ou Thales, ont regroupé l'ensemble de leurs activités dans des campus géants à la Google.

Mais l'entreprise sort-elle gagnante de ce déménagement? Selon une étude du cabinet Roland Berger qui s'est portée sur le couple loyers-charges, l'attractivité d'une entreprise serait divisée par 4 lorsqu'elle part du centre de Paris pour passer le périphérique, et elle s'effondre si elle s'installe en deuxième couronne.

De plus, les économies prévues en optant pour des bureaux moins chers ne suffisent pas forcément à compenser les augmentations d'autres postes de dépenses. Rien qu'un déménagement de Paris vers le quartier de La Défense peut entraîner une perte de 4 à 10% de temps de travail effectif. En cause: l'allongement des trajets pour les collaborateurs, des temps de déplacement des commerciaux, la multiplication des frais de taxis... Les dépenses supplémentaires peuvent atteindre 3.400 euros par an et par salarié. Sans compter le coût du remplacement de ceux qui refusent de suivre les camions de déménagement et préfèrent quitter l'entreprise.

Être plus attractive quand il s'agit de recruter

En dehors du coût il y a aussi la question du prestige. Du coup, certaines finissent par faire machine arrière. Scor a de nouveau déménagé pour rejoindre l'avenue Kléber au bout de 10 ans de siège à La Défense. Mais le prestige ne compte pas qu'aux yeux des clients, il est aussi important pour les salariés.

Si les cadres sup' de plus de 40 ans sont quand même capables de se déplacer jusqu'à la Défense, il n'en va pas de même pour les jeunes talents prisés des start-up qui n'envisagent rien en dehors du centre de Paris. Certaines pépites ne veulent à aucun prix quitter le 9e ou le 10e arrondissement. Tout le monde veut aller dans le Silicon sentier qui n'arrive plus à absorber la croissance des start-up qu'il a vu grandir. Mais ce n'est pas parce que les bureaux explosent de tous les côtés que ces jeunes entreprises sont prêtes à partir du centre de Paris…. même si cela coûte 600 euros le m2/an.

Blablacar qui vient de s'installer dans 10.000 mètres carrés entre Opéra et Bourse, témoigne: "Nous avons du mal à recruter, l'environnement de travail est indéniablement un levier", explique Francis Nappez, l'un des cofondateurs de BlaBlaCar aux Echos. Et qui sont les voisins? Criteo, Sarenza et Facebook. La décentralisation économique, ce n'est pas encore pour tout de suite.

Laure Closier édité par C.C.