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Pour souder les équipes, rien de mieux qu'un (faux) accident d'avion

Aux commandes d'un avion, il n'y a de place ni pour l'émotion, ni pour l'hésitation. Et toute mauvaise communication peut être fatale. Un peu comme dans le monde de l'entreprise. D'où l'idée de Pact Conseils: proposer aux cadres des stages dans un simulateur de vol.

En plus des pilotes professionnels qui veulent se faire la main, les simulateurs de vol accueillent surtout des fans d'aviation à la recherche de sensations ou bien des phobiques qui veulent passer outre leur peur de l'avion. Mais Pact Conseils mise sur un nouveau public : les sociétés en phase de changement qui cherchent à surmonter les écueils qui paralysent leur avancement. 

L'approche peut sembler hardie. Quel est le rapport entre un cadre confronté aux difficultés du management et un pilote de ligne qui doit prendre seul les bonnes décisions pour éviter le pire? "L'avion sert de catalyseur. Nous proposons de dépayser la problématique de l'entreprise dans celle du simulateur, en mettant en place divers scénarios de vols et d'incidents à résoudre", explique Thierry Laborde, directeur associé de Pact Conseils.

Une expérience dans un environnement inconnu

Ce choix présente plusieurs avantages pour les collaborateurs qui vont se retrouver aux commandes d'un avion de ligne. D'abord, il permet de sortir du cadre strict de l'entreprise, où les gens ont du mal à s'exprimer et restent campés sur leur acquis, leurs habitudes et l'ordre hiérarchique. Autant de freins qui tombent une fois entrés dans le simulateur de vol.

"Tout le monde est à égalité, car tous les participants sont plongés dans un environnement inconnu face à des situations auxquelles ils n'ont jamais été confrontés", souligne Thierry Laborde. Tout cela reste naturellement très ludique, et chacun se prend au jeu de la gestion de crise.

"Il y a aussi une contrainte de temps qui est importante. Pour déterminer la stratégie qui permettra d'éviter l'accident, les participants n'ont que quelques minutes devant eux", pointe du doigt Thierry Laborde. Alors que dans l'entreprise, les prises de décisions nécessitent l'intervention de toute une chaines d'intervenants, ce qui pèse sur la conduite des changements.

Aux commandes d'un Boeing 767

Concrètement, les séminaires se déroulent sur l'aérodrome de Pontoise-Cormeilles, où est installé le simulateur de vol de la société Flight Sensations, qui reproduit fidèlement la cabine d'un Boeing 767. Pour plus de réalisme, la machine est installée sur une plateforme mobile qui permet de reproduire les sensations d'accélération ou encore les secousses lors de la traversée de zone de turbulences.

Les stagiaires ont leur lot d'émotions assurés, quand ils doivent affronter la panne d'un réacteur, organiser un ravitaillement en plein vol ou encore devoir répondre à des injonctions contradictoires. C'est justement le but recherché, car la charge émotionnelle renforce la capacité de mémorisation, assure Pact Conseils. Les scénarios de sortie de crise élaborés par le commandant de bord et son copilote d'un jour permettent de mettre en lumière certains traits de caractères, l'aisance plus ou moins grande à gérer le stress, la manière de prioriser les actions et de mettre en place une stratégie plus ou moins complexe… Bref, de faire émerger les mêmes freins qui bloquent le développement de la société et de mettre en place les solutions.

C'est aussi le moyen de trouver de nouveaux modes de réflexion et d'actions, qui serviront une fois de retour au bureau. Enfin, ce passage dans la cabine de pilotage d'une surface de 2 mètres carrés offre une opportunité unique d'établir de nouvelles relations: après avoir frôlé la catastrophe, les équipes sortent soudées et affichent un sentiment de proximité qu'elles n'avaient pas auparavant.

Coralie Cathelinais