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Les jeunes sociétés aussi se mettent en colocation

Louer des locaux à plusieurs demande de partager une même culture.

Louer des locaux à plusieurs demande de partager une même culture. - AFP-Brendan Smialowski

"Créer une colocation pour trouver des bureaux à moindre coût et gagner en convivialité est une pratique qui se répand, particulièrement au sein de l’écosystème start-up."

Lorsqu’ils ont eu besoin de trouver des locaux où accueillir leurs premiers salariés, les cofondateurs de la start-up We Design Services, Patrice Gilbert et Christophe Tallec, ont eu une idée originale: se mettre en colocation avec d’autres jeunes sociétés. Et oui, celle-ci ne s’applique pas qu’aux logements privés. Certaines entreprises y ont recours. Le concept, très proche de celui du coworking, est particulièrement populaire au sein de l’écosystème start-up.

Contrairement à un espace de coworking, il n’y a pas de tiers organisateur. Les jeunes sociétés doivent s’être rencontrées par un autre moyen. L’avantage pour elles est de pouvoir choisir qui sont ses colocataires. La condition étant qu’elles arrivent à s’entendre sur une implantation géographique commune. Cela peut même être l’occasion d’occuper des locaux originaux comme un ancien atelier d’artistes ou un atelier de reliure, en rez-de-jardin.

Plus grande modularité

"Au départ, ce sont quatre amis ayant chacun créé une start-up qui se sont mis ensemble", raconte Christophe Tallec. "L’avantage par rapport au coworking est que c’est moins anonyme dès le départ. En plus, l’auto-gestion permet une modularité plus grande, à la fois dans l’espace et dans le temps. C’est-à-dire que l’on peut s’arranger pour disposer les bureaux comme on le souhaite pour en faire rentrer davantage sur le même nombre de mètres carrés, car on ne paie pas au nombre de postes mais à la surface. Et dans le temps parce que dans un espace de coworking on doit prévenir plus tôt des changements de besoin", poursuit le cofondateur de cette start-up de conseil en innovation. Jusqu’à il y a quelques semaines, elle occupait un ancien atelier dans un sous-sol du 11ème arrondissement de Paris aux côtés de SnipsSeekube et Five by five

Une colocation d’entreprises sera donc souvent plus conviviale qu’un centre d’affaires, moins standardisé qu’un espace de coworking, et bien sûr moins onéreux qu’une location en individuel de locaux professionnels. À cela s’ajoute le fait qu’il manque parfois de places libres dans des espaces de coworking dans certaines villes.

Sous-louer le surplus

Mais cela permet aussi aux start-up les plus en croissance d’éviter de déménager trop souvent. "J'ai souvent vu une grosse start-up louer 'trop grand' et sous-louer le surplus à des plus petites. Cela permet aux petites d'avoir un bail flexible à leurs débuts et à la grosse d'évincer les petites quand elle grandit et a besoin des locaux initialement en surplus", témoigne Jean-David Chamboredon, à la tête du fonds d’investissement Isai. Il cite l’exemple de Blablacar, qui sous-louait une partie de ses anciens locaux parisiens rue de Chazelles. Actuellement, l’agence de marketing Invox a elle-aussi choisi cette formule.

La sous-location est aussi valable lorsqu’une entreprise doit se restructurer et diminuer ses effectifs, comme l’avait fait Twenga. Le comparateur de prix avait sous-loué la partie de ses locaux inoccupée à d’autres start-up dont la société de couponing sur mobile Shopmium, la plateforme d’organisation de voyages Evaneos ou la société d’applications e-commerce CommerceGuys.

Complémentaires mais...

Toutefois, se mettre en colocation entre entreprises n’est pas la solution miracle. Il faudra convaincre le propriétaire d’accepter la sous-location, et par ailleurs même à plusieurs, le convaincre de la solvabilité à moyen et long terme risque de constituer un challenge.

Pour que la colocation se déroule bien, mieux vaut que, comme tous colocataires, les entreprises partagent "une charte commune" et une "culture compatible", conseille Christophe Tallec. Selon lui, l’idéal est que des synergies soient possibles entre les différentes sociétés, qu’elles puissent mutualiser les retours d’expérience. Autrement dit: qu’elles soient complémentaires mais pas concurrentes. De quoi gagner en visibilité.

Adeline Raynal