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Le management collaboratif, ça marche?

"Des start-up, des petites industries, effacent la hiérarchie et font participer les salariés aux prises de décisions. Comment ça fonctionne concrètement? L'exemple de Novexpert, un fabricant de produits de beauté qui joue le jeu à fond. "

Le management collaboratif, c’est l’entreprise qui se la joue Nuit Debout. Le principe consiste à prendre les décisions tous ensemble, à horizontaliser la hiérarchie. Sur le papier, les entreprises qui appliquent le modèle y voient un moyen de valoriser et de responsabiliser les salariés.

> Comment ça marche?

Chaque structure qui s'y convertit l'applique à sa façon. Novexpert, une petit fabricant de produits de beauté qui emploie moins de 20 personnes, a décidé de pousser le modèle à fond. Tout le fonctionnement de l’entreprise repose sur la consultation de tous, tout le temps.

Concrètement, chaque décision se prend par vote. Une personne, une voix. Le vote du directeur général, Cyrille Telinge, a autant de poids que celui du standardiste. Personne n’a de droit de veto. Et absolument tout est soumis au vote : les lancements de produits, les règles d'organisation, même les salaires. Quant aux embauches, le candidat doit être coopté par sept salariés à l’unanimité, soit un peu plus d'un tiers des effectifs.

> Qui assume les échecs?

Seule la prise de décision se fait en groupe. La mise en oeuvre de l’idée, explique Cyrille Telinge, une seule personne s’en charge. Si elle n'y parvient pas, elle seule est jugée responsable. Elle est convoquée alors devant tout le groupe, elle tente d'expliquer pourquoi le projet a échoué. Tous les autres l’aident à trouver une manière de faire marcher le projet. On ne lui jette pas des tomates non plus. "L’atmosphère est très bienveillante, et cette manière de faire a été votée aussi par les salariés", souligne le directeur général. "En fait c’est tout sauf l’anarchie, c’est même ultra-procédurier", ajoute-t-il.

> Est-ce que ça fonctionne?

Si on regarde les comptes, il semble que oui. Le nombre de points de vente où sont distribués les produits Novexpert a doublé en 1 an: de 1.500 en 2015 à 3.000 en 2016. Mais difficile d'appliquer le modèle dans une structure plus grande. Et même pour Novexpert, la méthode atteint parfois ses limites. Par exemple en ce moment, ils ont besoin de recruter très vite. Or le processus de 7 rendez-vous prend du temps. D'autant que cette consultation de 7 salariés ne garantit pas un recrutement infaillible. Il y a eu 2 nouveaux avec qui ça n’a pas marché. Selon Cyrille Delinge, ils n'avaient pas compris les valeurs autour du management collaboratif, ils cherchaient seulement à atteindre leurs objectifs personnels. Alors que le seul objectif des salariés devrait être, "non pas leur carrière ou se faire bien voir du patron", mais de satisfaire le client.

Nina Godart