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La pandémie mine le moral des salariés et leur rapport au travail

Burn Out, peur de ne plus pouvoir faire face, démotivation... La crise sanitaire commence à avoir un impact majeur sur la santé psychologique des salariés.

Après neuf mois de pandémie, les Français sont psychologiquement épuisés. Et cela se ressent aussi dans leur rapport au travail. Selon un large enquête d’opinion (*) réalisée par OpinionWay pour le compte du cabinet Empreinte Humaine, la pression psychologique ressentie par les salariés a augmenté de façon significative. 30% des salariés trouvent par exemple que la compétition entre collègues s'est accrue et un sur deux que les clients sont plus agressifs.

Cette pression est si forte que plus d’un tiers des salariés ont peur de ne pas pouvoir faire face psychologiquement. Au vue de l'ensemble des réponses recueillies dans cette enquête, les experts en qualité de vie au travail et risques psychosociaux d'Empreinte Humaine estiment à 5% la part des salariés français atteints de burn out sévère.

1 salarié sur 2 reste dans son entreprise... faute de mieux

La pression psychologique subie par les salariés a aussi un impact sur leur motivation. Leur engagement professionnel diminue. Plus de quatre salariés sur dix (42%) trouvent leur travail moins plaisant qu’avant. Ils sont presqu’aussi nombreux à déclarer ne plus être aussi fier de travailler pour leur entreprise. Et le chiffre qui est sans doute le plus inquiétant: un salarié sur deux affirme que s'il reste dans son entreprise, c'est faute de mieux!

En quoi la pandémie est-elle responsable de ce mal-être grandissant au travail? Il y a d'abord la pression liée à la récession économique. Quand le chiffre d’affaires baisse, quand une entreprise perd de l’argent, les actionnaires mettent la pression sur les managers qui, à leur tour, mettent la pression sur leurs équipes. Mais dans le cas précis de cette crise sanitaire, il y a aussi le télétravail que le gouvernement souhaite imposer le plus possible aux entreprises.

Des managers entre le marteau et l'enclume

Les salariés concernés sont partagés sur le sujet. Sept salariés sur dix s’estiment plus efficace à la maison qu’au bureau. Et la quasi-totalité (92%) souhaite pouvoir continuer à télétravailler à l’avenir. Mais en même temps, 41% d'entre eux se sentent isolés et plus de la moitié reconnaissent que cela nuit à l’esprit d’équipe. D’où, probablement, ce sentiment que la compétition entre salariés s'est accrue. Enfin 53% des salariés interrogés ont aussi l’impression qu’avec le télétravail ils deviennent des machines à produire.

Pour les managers, qui sont entre le marteau et l’enclume, la pression est encore plus forte. D'abord parce que pour eux le télétravail c’est l’enfer. 70% d'entre eux répondent qu'il est plus difficile de gérer des équipes à distance. Et puis, ils doivent aussi gérer des équipes réduites par le chômage partiel et un absentéisme grandissant. Un salarié sur quatre déclare avoir été, ces derniers mois, en arrêt de travail pour stress ou anxiété. Du coup, les risques de burn out sont deux fois plus importants que la moyenne chez les managers. Selon l'estimation d'Empreinte Humaine, 10% d’entre eux sont atteints . Sans nécessairement en avoir pris conscience.

(*) La 4ème vague du Baromètre "Impact de la crise sanitaire sur la santé psychologique des salariés" OpinionWay pour Empreinte Humaine, a été réalisé en ligne. Les interviews ont été faites du 19 au 28 octobre auprès d’un échantillon de 2004 salariés représentatif et constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de secteurs d’activités, de nature d’employeur et de taille d’entreprises.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco