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Comment se comporter face à un recruteur qui a la moitié de son âge

Les seniors doivent avoir à l'esprit qu'un recruteur peut avoir l'âge de leur enfant.

Les seniors doivent avoir à l'esprit qu'un recruteur peut avoir l'âge de leur enfant. - Startupstockphotos- CC

La situation n'a rien d'anecdotique: de plus en plus de seniors doivent vendre leurs compétences auprès d'un tout juste trentenaire. Un renversement des rôles qui peut être difficile à accepter pour leur ego et rendre difficiles les échanges. Voici quelques conseils pour que la discussion ne tourne pas au conflit générationnel.

Se retrouver sur le marché du travail à la cinquantaine est déjà une blessure pour l'estime de soi, d'autant plus si l'on a été licencié. La réalité du marché de l'emploi risque de porter encore plus atteinte à l'ego des seniors: passé un certain âge, les opportunités sont plus rares, et il faut souvent redoubler ses efforts pour être reçu en entretien. Or quand un chercheur d'emploi décroche un rendez-vous, il arrive fréquemment qu'il tourne court… en raison de la jeunesse du recruteur.

"Les cabinets de recrutement ou les services des ressources humaines confient fréquemment les tâches de filtrage de CV ou les premiers entretiens, qui ne demandent pas une expertise poussée, aux jeunes recrues", explique Christel de Foucault, auteure de Déjouez les pièges des recruteurs (Editions Eyrolles). Or nombre de candidats se sentent déstabilisés, ou vivent mal cette entrevue, car ils ont le sentiment d'être jugés par une personne qui n'a pas leur expérience ou qui les prend de haut. "Il y a certains candidats, qui face au manque de connaissances sectorielles avéré de la personne qui est face à eux, se transforment en donneur de leçons", ajoute Christel de Foucault. Une attitude qui conduit forcément à voir sa candidature écartée.

Les torts ne sont pas exclusivement du fait des seniors. Le recruteur peut aussi manquer d'aisance ou de tact face à ce type de profil, et opter pour un style incisif … voire agressif. Ou bien rester campé derrière les clichés- trop cher, surdimensionné pour le poste, pas assez flexible- que l'on colle trop souvent aux candidats ayant déjà accompli une bonne partie de leur carrière.

Pourtant, il est simple d'éviter de se retrouver emberlificoté par ce conflit générationnel. Voici 3 conseils que tout senior en recherche d'emploi devrait avoir à l'esprit :

1- Anticiper

Avant chaque entretien il faut avoir à l'esprit que la personne que l'on va rencontrer peut avoir l'âge de ses enfants. C'est encore plus facile si vous avez le nom de la personne qui va vous recevoir: une recherche sur LinkedIn ou Google permettra de vous faire une idée de la génération à laquelle elle appartient. "Ainsi préparé, on ne sera pas déstabilisé et l'on aura un discours plus fluide pour convaincre le recruteur que l'on est la bonne personne", assure Christel de Foucault.

2- Identifier qui est la personne que l'on rencontre

Ce trentenaire qui va vous recevoir travaille-t-il pour un cabinet de recrutement ou pour le service des ressources humaines de l'entreprise? La situation est alors facile à gérer: il suffit de se dire que ce face-à-face est transitoire, et que l'objectif est de passer à l'étape suivante du recrutement, où vous rencontrez d'autres personnes. "Comme dans tout entretien, il faut savoir faire de la personne qui est en face de vous un allié. Il faut donc se mettre à sa portée, même si vous sentez qu'elle ne maîtrise pas, par exemple, le jargon propre à votre secteur", conseille Christel de Foucault. Vous n'êtes pas là pour former le recruteur, mieux vaut donc répondre de manière simple et positive. Et ne pas montrer son exaspération même si vous avez l'impression que les vraies questions ne sont pas abordées ou que l'entretien tourne en rond. "Il faut afficher la même tolérance et la même bienveillance qu'on souhaite qu'il ait à notre égard et passer outre cet écart d'âge", résume Christel de Foucault.

En revanche, si ce représentant de la génération Y est amené à devenir votre manager, il y a une introspection à mener plus en avant. Comme pour tout job, il faut se demander si le contact passe bien et si l'on a envie de travailler avec cette personne. Mais aussi voir si l'on est prêt à se laisser manager par une personne qui a la moitié de son âge. 

Si cette personne se montre irritable, désagréable, on est en droit de se demander si son mode de management sera dans cette lignée. De même, si lors de l'entretien, elle ne consacre pas un minimum de temps pour vendre la société, le poste à pourvoir, la qualité de l'équipe… là aussi cela peut constituer des freins au désir d'accepter le poste. Mais il ne faut pas pour autant se braquer tout de suite: si vous êtes recruté, vous bénéficiez d'une période d'essai qui pourra, ou non, aplanir vos craintes sur votre capacité à vous sentir bien dans ce service.

3- Savoir mettre en avant les atouts de son âge

Le recruteur fait une fixation sur votre âge et les inconvénients que cela peut représenter. La bonne réponse: transformer l'âge en expérience. Vous n'avez pas 50 ans, vous êtes un professionnel avec 25 ans d'expérience dans tel secteur et qui sait de quoi il parle.

Il faut aussi savoir rassurer le recruteur, qui peut avoir des craintes sur votre capacité à vous intégrer dans une équipe de trentenaires. Là encore, il faut parler de votre parcours et insister sur le fait qu'au cours de votre carrière, vous avez été amené à collaborer avec plus jeune que vous.

"Il faut mettre en avant les collaborations, les échanges intergénérationnels. Par exemple, expliquer que l'on a appris de nouvelles méthodes de travail grâce aux jeunes collaborateurs", met en avant Christel de Foucault.

Le junior qui est en face de vous peut aussi craindre que, une fois en place, vous affichiez une volonté de tout régenter. Une petite mise au point sur vos objectifs peut être nécessaire. "Il faut faire preuve d'humilité, et ne pas hésiter à dire que, si à la trentaine, votre objectif était de réussir, aujourd'hui vous être un autre. Que votre envie est désormais de transmettre un savoir, de se voir confier des mission riches… ", argumente Christel de Foucault.

Coralie Cathelinais