BFM Business

Travail des séniors : les moyens d'une ambition

BFM Business

Dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale, le gouvernement souhaite favoriser l’emploi des séniors. Des mesures suffisantes ?

Les députés examinent à partir de ce mardi et pour quatre jours le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2009. Le texte est présenté par Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé et Eric Woerth, son collègue au Budget. Pas d'équilibre des comptes en vue, le gouvernement table sur un déficit stable du régime général de 8,6 milliards d'euros l'année prochaine.

Parmi les mesures phares : - une taxe sur le chiffre d'affaire des mutuelles qui rapportera 1 milliard d'euros. - une contribution de 2% payée par l'employeur sur l'intéressement, la participation et l'épargne salariale. - La taxation des stocks options et des parachutes dorés.

Pour l'assurance maladie, les économies envisagées sont chiffrées à 2,2 milliards d'euros grâce notamment à un encadrement plus sévère des dépenses de médicaments à l'hôpital et à la baisse du prix de certains médicaments génériques.

Le retour à l'équilibre, initialement prévu pour 2010, est envisagé pour 2012.

Favoriser l'emploi des séniors

Une des idées fortes du projet consiste à favoriser au maximum l'emploi des séniors. Le texte met fin à toutes les restrictions du cumul emploi-retraite, il majore les pensions des assurés ayant atteint l'âge légal de la retraite mais qui souhaitent continuer à travailler.

Selon Pierre Bonneau, avocat spécialiste de droit social, « ces propositions vont dans le bons sens. En restreignant la possibilité pour les employeurs de dire aux salariés "Maintenant, c'est terminé, vous devez liquider votre retraite", c'est extrêmement important. Dans le même sens, dire aux salariés "Financièrement, vous avez intérêt à travailler plus longtemps", c'est aussi un élément extrêmement fort. Le problème, ce n'est pas de savoir s'ils veulent ou si les employeurs veulent qu'ils restent plus longtemps, le problème c'est qu'on est un petit peu contraint d'offrir des outils pour qu'ils puissent rester plus longtemps. Il y a un problème démographique très important qui fait qu'on est obligé de se doter d'outils pour qu'ils puissent travailler plus longtemps. Le cœur du problème, c'est qu'il faut mettre en œuvre des mesures qui permettent de favoriser l'emploi à un âge plus élevé que celui qui est prévu actuellement ».

« Les entrepreneurs n'ont pas les moyens »

D'autres sont plus sceptiques sur l'efficacité de ces mesures, tel Bruno Palier, chercheur à Sciences-Po et spécialiste des retraites : « On s'achemine vers une période où il va y avoir de fortes tensions sur l'emploi. En général, dans ce cas-là, on hésite à faire rentrer les nouveaux et on essaye de faire partir les plus âgés. Donc il va y avoir une pression de la part des entreprises pour faire partir les plus âgés dans le cadre de plans sociaux. Le deuxième point, c'est qu'on n'a pas véritablement engagé de réflexion sur des conditions positives de maintien dans l'emploi des séniors : amélioration des conditions de travail, véritable requalification des salariés, y compris au-delà de 45 ans. On est en train de dire aux séniors "Il faut rester dans l'entreprise", mais on ne donne pas vraiment les moyens aux entrepreneurs de les garder dans l'entreprise aujourd'hui ».

La rédaction et Nicolas Marsan