BFM Business

Ségolène Royal relance le débat sur l’apprentissage

L'apprentissage pour les jeunes de 14 ans n'est plus d'actualité

L'apprentissage pour les jeunes de 14 ans n'est plus d'actualité - -

L'Assemblée nationale a abrogé une disposition qui autorisait l'apprentissage pour des jeunes de 14 ans, vendredi 15 mars. Pour Ségolène Royal, il s'agit d'une "regrettable suppression". Pour elle, ce modèle peut fonctionner.

Ségolène Royal sort du rang. La présidente de Poitou-Charentes n’a pas hésité, samedi 16 mars, a tweeter son désaccord avec la majorité.

Vendredi soir, l'Assemblée nationale a abrogé, dans le cadre du projet de loi sur la refondation de l'école, une disposition, votée en 2011, qui autorisait l'apprentissage pour des jeunes de 14 ans. Cette mesure de la loi Cherpion, du nom de son promoteur, le député UMP Gérard Cherpion, ouvrait un dispositif des métiers en alternance (Dima) à des jeunes de moins de 15 ans.

Pour Ségolène Royal, cette décision de l’Assemblée nationale, pourtant en accord avec la promesse du candidat Hollande, est une : "Regrettable suppression du droit pour des jeunes de 14 à 15 ans de se former par alternance. Idéologie dépassée vu la gravité de l'échec scolaire", a-t-elle déclaré sur twitter.

Un apprentissage qui fonctionne

Du point de vue du gouvernement, cet apprentissage précoce empêche les élèves d'acquérir le socle de compétences auquel tout jeune a droit et les enferme trop tôt dans une filière. Vincent Peillon, ministre de l’Education, a même déclaré devant l'Assemblée vendredi "lorsque les choses n’ont pas d’utilité, il vient un moment où il faut les supprimer".

Pourtant l’apprentissage est un modèle qui peut marcher. En effet, en Allemagne, où ce modèle est très développé, seuls 8% des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage, contre 25% en France. Et Outre-Rhin, l’apprentissage est une voie reconnue, contrairement à la France où il s’agit plutôt d’une voie par défaut.

L’Allemagne a mis en place un système dual qui consiste concrètement en une formation alternée entre l’entreprise et l’école professionnelle qui autorise, au terme d’une formation de trois années en moyenne, l’exercice d’une activité professionnelle qualifiée dans l’un des 344 métiers à formations réglementées. Un contrat de formation duale y dure environ trois ans, contre un an et demi pour l’apprentissage français.

Un modèle allemand sur le déclin?

Mais le Centre d’analyse stratégique (CSA), dans une note de février 2013, relativise la réussite du fameux "modèle allemand". " Tout d’abord, le taux d’emploi des apprentis diffère en fonction des Länder, notamment entre ceux de l’Ouest et de l’Est, note le CSA. L’insertion professionnelle ne tient ainsi pas seulement à l’efficacité du système dual, mais plus largement au contexte économique".

De plus, en France, la taxe sur l'apprentissage est obligatoire alors qu’en Allemagne "le système dual est piloté par le marché sous la responsabilité de l’entreprise qui organise l’offre quantitative de formation sur la base du volontariat". C’est pourquoi les places sont inégalement réparties en fonction des secteurs.

Et enfin, "3% des nouveaux apprentis ne disposent pas du certificat de fin d’études et éprouvent de grandes difficultés à intégrer une formation professionnelle, tandis que 15 % environ des jeunes adultes entre 20 et 29 ans (soit près de 1 460 000 personnes) ne possèdent pas de diplôme professionnel".

Diane Lacaze