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Revenir sur les 35 heures: une mesure favorable aux entreprises?

Les 35 heures reste un sujet cristallisant l'opinion.

Les 35 heures reste un sujet cristallisant l'opinion. - Damien Meyer - AFP

L'interview donnée par Emmanuel Macron au Point la veille de sa nomination à la tête du ministère de l'Economie a relancé le débat. Eclairages avec deux opinions divergentes, celles de Henry Sterdyniak, économiste à l'OFCE, et Jean-François Ouvrard, du Coe-Rexecode.

Emmanuel Macron a jeté un pavé dans la mare. Jeudi, Le Point (article payant) a publié une interview où l'ancien conseiller économique de François Hollande s'était exprimé "librement", à la veille de sa nomination au poste de ministre de l'Economie et de l'Industrie. Dans cet entretien, il explique être favorable à davantage de souplesse sur les 35 heures.

Matignon a tenté de couper court à la polémique en assurant que le gouvernement "n'a pas l'intention de revenir sur la durée légale du travail à 35 heures".

Il n'empêche que le débat est relancé. Dans un contexte où les entreprises ont vu leurs marges s'effondrer ces dernières années, la question est de savoir si assouplir ou revenir sur le dispositif lancé par Martine Aubry en 1997 est bénéfique pour les sociétés. Eléments de réponse avec deux opinions divergentes.

> Pour: "Bénéfique pour l'emploi et la croissance"

Jean-François Ouvrard, le directeur des études économiques du Coe-Rexecode, un think tank libéral, part d'un constat: la durée effective du temps de travail est plus basse en France que dans les autres pays européens". "De plus, nous avons en France un problème de compétitivité dans notre pays", ajoute-t-il. "Dans ce contexte, le temps de travail peut être un levier" d'amélioration, déduit-il.

L'économiste juge que la proposition formulée par Emmanuel Macron "va dans le bon sens" car "il faut mettre la négociation au niveau des entreprises et donner aux partenaires sociaux les moyens de négocier sur la durée de travail". "Il faut surtout éviter la mesure uniforme qui vient d’en haut".

Jean-François Ouvrard reconnaît que l'efficacité de la mesure tient à une condition: "que le coût de production baisse, in fine, réellement", c’est-à-dire que l'augmentation de la durée de travail ne soit pas complètement compensée par une hausse salariale. Dans ce cas, les répercussions seront positives: "les marges des entreprises augmenteront, elles pourront embaucher, investir ou augmenter les salaires. Il y aura donc un effet bénéfique pour l'emploi et la croissance", analyse-t-il.

De plus "il faut se placer du côté des entreprises: elles ont envie qu'une personne compétente travaille plus car il est plus difficile de trouver deux personnes avec une même compétence que faire travailler davantage la personne avec cette compétence". 

> Contre: "Hausse du chômage et baisse du pouvoir d'achat"

Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE, considère que "la solution la plus rentable pour les entreprises est de revenir à 39h payées 35h". "Le coût salarial des entreprises baisserait d’environ 10%. Les sociétés auraient ainsi la capacité d’augmenter leur production de 10%. Mais elles ne le feront pas car la demande n'est pas là", développe-t-il.

La production des entreprises resterait stable malgré des capacités plus fortes ce qui "bloquerait les embauches pendant un certain temps" et se traduirait, à court terme, "par une hausse du chômage qui aurait un effet dépréciatif sur le pouvoir d’achat des jeunes". Et donc un impact négatif sur la consommation.

De plus, l'économiste juge qu'il n’est pas sûr que les entreprises veulent revenir sur les 35 heures car cela risquerait de les priver de souplesse pour gérer le temps de travail. "Actuellement elles peuvent avoir recours aux heures supplémentaires et les salariés acceptent, en règle générale, d’adapter leur temps de travail au besoin des entreprises", explique-t-il.

Or "si les 35 heures venaient à être modifiées, les entreprises seraient obligées de réengager des négociations". Et dans ce cas de figure, "les accords de flexibilité et de modération salariale seraient remis en cause".

Julien Marion