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Quand les patrons sont malmenés par leurs salariés

Des employés des abattoirs Gad manifestent en mars 2013

Des employés des abattoirs Gad manifestent en mars 2013 - Fred Tanneau - AFP

Les violences sur le DRH d'Air France lundi ont donné un coup de projecteur sur les actions musclées que peuvent subir les dirigeants d'entreprise. Voici plusieurs exemples.

La vie de patron n'est pas toujours de tout repos. Pour preuve: les violentes interpellations dont le DRH d'Air France, Xavier Broseta, a fait l'objet lundi 5 octobre. Le dirigeant de la compagnie aérienne s'est ainsi fait arracher sa chemise et sa veste par des manifestants mécontents, en tentant de quitter le CCE (comité central d'entreprise) de la compagnie aérienne.

Un spectacle inédit, selon Jean-François Amadieu, professeur à l'université Paris 1 et spécialiste des relations sociales, interrogé par l'AFP. "Je n'ai jamais vu ça", confie-t-il ainsi. Selon lui, ces violences montrent un durcissement des conflits sociaux au sein des entreprises. "Depuis 1995, il y a une montée de radicalisation des conflits et depuis ça ne s'est jamais démenti", poursuit-il.

Dans une France où les plans sociaux ont tendance à se multiplier, les dirigeants d'entreprise sont souvent pris pour cible. La séquestration reste le mode d'action le plus usité. Mais les salariés peuvent également devenir plus violents. Voici quelques exemples.

> Les dirigeants de Goodyear Amiens-Nord

C'est le dernier cas recensé de séquestration d'envergure. En janvier 2014, le directeur de la production, Michel Dheilly et le DRH de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord, Bernard Glesser, sont retenus pendant près de 30 heures par la CGT et des salariés, qui demandent alors la renégociation du PSE (Plan de sauvegarde de l'emploi). A la suite de quoi, la direction de Goodyear portera plainte pour "détention et séquestration".1.143 salariés ont été licenciés à l'occasion de la fermeture de cette usine.

> Caterpillar, Molex et Sony France

Il y eut une période ou séquestrer son patron était presque une mode. En 2009, pas moins de quatre entreprises voient leurs dirigeants être séquestrés par des salariés mécontents en l'espace de quelques semaines.

Tout d'abord mi-mars chez Sony France, où le PDG Serge Foucher est bloqué une nuit entière dans une salle de réunion par des employés souhaitant renégocier leurs indemnités de licenciement après la fermeture du site de Pontoux-sur-Adour. Serge Foucher assurera néanmoins que cette séquestration s'était déroulée "calmement".

Pas sûr que Luc Rousselet tiendrait le même discours. Du 24 au 26 mars 2009, le directeur de la société pharmaceutique 3M-France est enfermé dans son bureau par des employés qui se relaient pour le tenir captif. Une façon, pour eux, de s'insurger alors contre les 110 suppressions de postes décrétées par la maison-mère américaine sur le site de Pithiviers.

Vient ensuite, le 30 mars, le tour de Caterpillar France. A Grenoble, siège du groupe, quatre cadres, dont le directeur Nicolas Polutnik, sont séquestrés pendant 24 heures par les salariés qui protestaient alors contre un plan social prévoyant 733 licenciements.

Enfin il y a le cas de Molex. Le cogérant de Molex SARL, Marcus Kerriou et la DRH Coline Colboc sont ainsi retenus pendant 26 heures, entre le 19 et le 20 avril sur le site de Villemur-sur-Tarn, voué à la fermeture. Ils sortent finalement sous les cris des salariés qui les traitent de "patrons voyous".

> Les jets d'œufs des "Conti"

Nous sommes toujours en 2009, le 16 mars, au moment de la vague de séquestration évoquée plus haut. Mais cette fois, plutôt que de retenir prisonniers leurs dirigeants, les salariés de l'usine de pneus Continental de Clairoix choisissent un moyen d'expression plus spectaculaire. Lors d'un CCE (comité central d'entreprise) le patron de l'usine Louis Forzy s'approche du micro et se prend deux œufs sur le crâne. Les salariés n'ont ainsi pas hésité à humilier celui qu'ils surnomment "Louis la Brocante", selon Le Monde.

> Un chef harcelé

Il est assez rare qu'un supérieur hiérarchique soit harcelé par un subordonné. Mais un cas est toutefois resté célèbre dans le droit français. Le 6 décembre 2011, la Chambre criminelle de la Cour de Cassation reconnaît ainsi qu'un employé peut être reconnu comme coupable de harcèlement moral sur son supérieur. Ce qui était alors le cas d'un éducateur poursuivi pour avoir harcelé son chef de service, dévaloriser son action, "diffuser à son propos une image d'incompétence dans son milieu professionnel", et "avoir adopté à son égard un comportement irrévérencieux et méprisant", selon l'arrêt de la Cour.

> Le patron du Progrès qui se bagarre avec son DRH

Parfois les dirigeants d'entreprise peuvent aussi se battre entre eux. C'est ce qui s'est produit au Progrès en 2007. Pierre Fanneau, directeur général du groupe, convoque alors son DRH, Jean-Pierre Gauvignon, à un entretien préalable de licenciement pour faute grave. La tension monte entre les deux personnes, qui finissent par en venir aux mains. Au final, Jean-Pierre Gauvignon s'en tire avec un pouce luxé, comme le rapporte Challenges.

J.M.