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Pourquoi le projet de méga-complexe Europacity au nord de Paris continue d'attiser de vives oppositions

Le projet Europacity, de 430.000 mètres carrés et 3,1 milliards d'euros est porté par Ceetrus, foncière du groupe Auchan, et le conglomérat chinois Wanda.

Le projet Europacity, de 430.000 mètres carrés et 3,1 milliards d'euros est porté par Ceetrus, foncière du groupe Auchan, et le conglomérat chinois Wanda. - Alain Jocard-AFP

Boutiques, hôtels de luxe, parc d'attractions: le méga-complexe Europacity, plus gros investissement privé en France depuis Disneyland Paris, entend s'implanter en 2027 au nord de la capitale. Mais le projet divise. Les interrogations portent sur son réel impact économique et environnemental.

Au début de cet été, la cour administrative d'appel de Versailles a levé une hypothèque qui pesait sur Europacity, ce projet à 3,1 milliards d'euros. Les juges ont validé le 11 juillet dernier la création d'une zone d'aménagement (ZAC) sur des terres agricoles au nord de Paris.

Ce nouvel épisode judiciaire était la conséquence d'un des recours intentés contre la création de la zone d'aménagement commerciale (ZAC), les opposants au projet multipliant les procédures en justice pour faire barrage à Europacity depuis plusieurs années.

Le projet est accusé de gigantisme par ses détracteurs

Accusé de gigantisme par ses détracteurs, le projet Europacity, porté par Ceetrus, foncière du groupe Auchan, et le conglomérat chinois Wanda, continue d'attiser de vives oppositions. Au nord de Paris, les terres arables du "triangle de Gonesse" (Val-d'Oise), qui ont fait la richesse de la plaine de France, attisent toujours les convoitises. Promoteurs, commerçants et écologistes nourrissent pour ces dernières, coincées entre les routes menant aux aéroports du Bourget et de Roissy, des projets concurrents.

"Europacity peut être une réponse aux besoins d'emplois du territoire!", soutient Christian Lema, de l'équipe de développement du projet de méga-complexe, en montrant plans et maquettes du projet à l'architecture futuriste: bâtiments aux toits ondulés et tapis de verdure y côtoient toboggans, hôtels de luxe, boutiques...

Pour ce projet de 430.000 mètres carrés et 3,1 milliards d'euros, une étude de la Commission nationale du débat public (CNDP) estimait en 2016, en chiffres bruts, à plus de 10.000 les emplois à pourvoir lors de la phase d'exploitation, plus quelque 3300 par an pendant la construction des infrastructures commerciales, culturelles et de loisirs. En chiffres nets, l'étude de la CNDP évoque seulement 7.400 à 8.100 emplois créés. 

Des incertitudes sur le potentiel d'emploi créé

"Europacity fait miroiter des emplois" quand il existe une "énorme marge d'incertitudes", rétorque la socio-économiste Jacqueline Lorthiois, également membre du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), opposant historique au projet. "Les chiffres repris partout sont ceux des emplois bruts créés, ils ne prennent pas en compte ceux détruits autour", dit-elle à l'AFP.

"Le territoire de l'est du Val-d'Oise a très peu bénéficié du développement des zones aéroportuaires du Bourget et de Roissy. Nous, on veut que trois quarts des emplois soient pourvus par les habitants du territoire", affirme Christian Lema, soulignant les avantages pour l'image des communes du nord-est francilien, fortement touchées par le chômage.

Des recrutements dans le bassin d'emploi du projet

Les promoteurs ont créé récemment une nouvelle structure, "Europacity Compétences", dont Christian Lema est président, pour "coordonner la montée en compétences" du bassin d'emploi du Grand Roissy Le Bourget dans les métiers de l'hôtellerie, de la restauration et des services, en partenariat avec des associations.

"Enfin on vient nous voir pour former et faire travailler les habitants des quartiers!", se félicite Mohammed El Mazroui, fondateur de l'association Creative à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise), qui accompagne vers l'emploi les jeunes des quartiers prioritaires de la ville et a signé un partenariat avec Europacity Compétences dans le cadre d'un "job tour" qui sillonne en bus le territoire.

D'autres dénoncent toutefois un "cannibalisme commercial organisé" menaçant les commerces existants et les centres-villes des alentours. "EuropaCity détruira plus de 8.000 emplois dans un périmètre de 20 kilomètres!", met en garde sur son site internet le collectif de commerçants "Europas Du Tout", se référant à une étude du cabinet McKinsey de 2016.

Inquiétude des grands centres commerciaux de la zone

Les promoteurs d'Europacity mettent de leur côté en avant une "offre différenciée" et non concurrente qui doit attirer quelque 31 millions de visiteurs (gratuits et payants) par an. "Ce sera principalement un centre de loisirs et de culture, avec notamment un parc d'attractions, un musée, une salle de concert, un centre culturel dédié au cinéma, 2.500 chambres d'hôtel, un parc aquatique", assure le , insistant aussi sur la présence d'espaces verts et d'une ferme urbaine.

"On parle de 500 boutiques implantées à un kilomètre de O'Parinor, dans une zone déjà occupée par cinq centres commerciaux!", alerte Florent Durelle, directeur de O'Parinor. Installé à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) depuis 1974, ce centre commercial avait déjà dû se rénover après l'ouverture, à 8 kilomètres, du concurrent Aéroville en 2013. "On devra forcément fermer des commerces et supprimer des emplois", déplore ce dirigeant.

Le projet soulève aussi la question du modèle de développement économique, environnemental et d'aménagement retenu pour ces territoires péri-urbains constitués de terres agricoles fertiles.

"C'est un projet absurde, à contre-sens de la tendance de la grande distribution qui revient dans les centres-villes", soutient Bernard Loup, président du CPTG (collectif pour le triangle de Gonesse), qui organise régulièrement des rassemblements d'opposants, reprenant pour slogans "Des champs pas d'Auchan!".

"C'est irresponsable de vouloir bétonner les terres les plus fertiles d'Ile-de-France", déjà entourées par l'autoroute A1 et la D317, insiste-t-il. Avec son badge "Non à Europacity" épinglé sur le pull, il dénonce "les fausses promesses" des promoteurs concernant les emplois mais aussi l'impact environnemental du projet.

Un collectif défend les terres agricoles menacées 

Le collectif CPTG défend un projet alternatif, Carma, pour faire des terres agricoles du triangle de Gonesse la "ceinture alimentaire" qui irriguera le futur Grand Paris en circuits courts. Le projet prévoit des cultures céréalières bios, une ferme maraîchère, ou encore la création d'un centre de recherche et de formation sur l'agriculture urbaine et périurbaine.

Pour ses partisans, Europacity participerait toutefois d'un désenclavement économique, géographique et culturel du territoire. "On a l'impression qu'on a pas le droit d'aspirer à quelque chose de meilleur", déplore Nesrine Hajjeje, présidente du collectif de riverains "Les Vrais gens" soutenant le projet. "Les beaux musées, la culture c'est pour le petit Paris. Mais le Grand Paris on en fera partie!", assure la professeure des écoles.

Si les opposants multiplient les procédures en justice pour faire barrage à Europacity depuis plusieurs années, Celles-ci n'ont toutefois pas, pour l'instant, empêché les premiers coups de pioche, en vue de la construction, 'ici 2027, d'une gare du métro du Grand Paris Express pour desservir le site.

F.B avec AFP (Aglaé Watrin)