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Les musulmans pratiquants seraient fortement discriminés à l’embauche

Les musulmans auraient quatre fois moins de chances d'être embauchés que les catholiques.

Les musulmans auraient quatre fois moins de chances d'être embauchés que les catholiques. - Miguel Medina - AFP

Les candidats perçus comme musulmans pratiquants ont deux fois moins de chances d'être convoqués en entretien d'embauche que les catholiques, selon les résultats d'une étude publiée jeudi par l'Institut Montaigne.

Tandis que le gouvernement s’apprête à durcir la législation en ce qui concerne les infractions à caractère raciste, la situation sur le marché du travail pourrait le conforter dans sa démarche.

Selon le testing réalisé par la chercheuse Marie-Anne Valfort, un candidat perçu comme musulman pratiquant (ou une candidate) a en effet 10,4% de chances d'être convoqué, contre 20,8% pour un catholique pratiquant.

L'écart est encore plus grand si l'on ne considère que les hommes: 4,7% contre 17,9%, du simple au quadruple pratiquement.

Ces discriminations frappent aussi les juifs pratiquants, mais moins. Leurs chances de décrocher un entretien sont inférieures de 24% à celles des catholiques, un écart qui varie peu selon le sexe du candidat. 

Pour parvenir à ces résultats, Marie-Anne Valfort, maître de conférences à l'université Panthéon-Sorbonne, a envoyé, entre septembre 2013 et septembre 2014, des candidatures fictives à 6.231 offres d'emploi de comptables, assistants et secrétaires comptables en métropole. Elle a ensuite comparé leurs taux de convocation.

Les catholiques "perdent à s'afficher comme laïcs"

Les profils des candidats, des Français d'origine libanaise nommés Haddad, sont identiques en tous points, à l'exception de la religion. Trois éléments suggèrent leur appartenance religieuse: leur prénom - Dov et Esther pour les juifs, Michel et Nathalie pour les catholiques, Mohammed et Samira pour les musulmans -, leur scolarité confessionnelle et leur engagement dans l'association de scoutisme de leur communauté.

Le résultat est sans appel: les musulmans "sont beaucoup plus discriminés" par rapport aux catholiques en France "que ne le sont les Afro-Américains par rapport aux Blancs aux Etats-Unis", souligne l'étude du centre de réflexion réputé libéral.

Pour vérifier que ces discriminations sont dues à la pratique religieuse, la chercheuse a créé des profils "laïcs", qui mentionnent un engagement dans une association de scoutisme laïque. Elle a comparé leur taux de convocation avec celui des "pratiquants". Si l'impact est limité pour les candidat(e)s juifs, le résultat est sans appel chez les hommes musulmans: en se montrant laïcs, ils doublent quasiment leurs chances de décrocher un entretien.

Pour les catholiques, en revanche, l'effet est inverse. Selon l'étude, ils "perdent à s'afficher comme laïcs", surtout les hommes, dont les chances d'être convoqués sont presque divisées par deux. "Il est probable que l'attachement des hommes au catholicisme soit perçu par les recruteurs comme un gage précieux de discipline", explique l'étude. Ce résultat "suggère que l'impératif de discrétion religieuse ne s'impose en fait qu'aux religions minoritaires".

Y.D. avec AFP