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Les bons patrons ont-ils surtout de la chance?

Il est très difficile de déterminer le facteur chance dans la performance d'une entreprise

Il est très difficile de déterminer le facteur chance dans la performance d'une entreprise - Bellezaa87 - Pxabay - CC

Dans une étude datant de 2014 et citée par la Harvard Business Review, un chercheur américain a tenté de mesurer à quel point la chance peut jouer un rôle dans la performance d'un directeur général. Réponse: jusqu'à 70%.

Dans quelle mesure un patron influe-t-il sur la performance d'une entreprise? De nombreuses études se sont penchées sur la question. L'une d'entre elles, datant de 2001 et signée par des chercheurs d'Harvard, estimait que le patron d'une entreprise jouait pour 2 à 22% des résultats de la société (ventes, rentabilité financière, performance sur les marchés). Ce qui dépend en fait du secteur dans lequel la société opère.

Lars Sørensen, le patron de la société pharmaceutique danoise Novo Nordisk, joue, lui, les modestes. Élu récemment meilleur PDG au monde par la Harvard Business Review, il confiait en octobre que ses bonnes performances au sein de son entreprise étaient surtout dues à la chance.

Une étude au goût du jour

Une humilité toute scandinave qui n'empêche pas de poser la question: dans quelle mesure la chance joue-t-elle dans la performance d'un directeur général? Markus Fitza, un chercheur de l'université du Texas a tenté d'apporter une réponse dans un article universitaire publié en 2014.

"Je voulais savoir à quel point ce facteur chance jouait sur la performance des patrons", explique-t-il, cité par le site Science Daily. Markus Fitza rappelle qu'un bon nombre d'éléments liés au hasard peuvent entrer en compte. "Par exemple, un scandale d'un compétiteur majeur peut aider une entreprise, alors qu'à l'inverse, un accident chez un fournisseur important peut avoir des conséquences négatives", explique-t-il. Une remarque on ne peut plus au goût du jour, avec le scandale des moteurs truqués chez Volkswagen.

70% de chance?

Fitza s'est basé sur des données mesurant la performance de 1.500 entreprises américaines entre 1993 et 2012. À partir de simulations statistiques, il a créé artificiellement un ensemble de données sur ces entreprises dont la performance est uniquement liée à la chance (ou plus exactement à l'aléa). À partir de calculs sur ces chiffres puis sur les données réelles des entreprises, il a pu arriver à certaines conclusions.

Selon lui, 70% de "l'effet PDG" (la part de la performance d'une entreprise qui s'explique par un dirigeant) mesuré par des études antérieures pourrait être dû, en fait, à de la chance. Ainsi Fitza estime que les études précédentes ont tendance à attribuer aux dirigeants d'entreprises des mérites dus en fait à la chance, suggérant ainsi qu'il est difficile de différencier ce qui dû aux compétences des dirigeants, de ce qui relève exactement de la chance (ou de la malchance).

En conclusion, il estime que son étude doit amener à s'interroger à la fois sur les rémunérations des patrons et sur la durée de leur mandat. Faut-il vraiment évincer un PDG qui a de mauvais résultats alors qu'il n'y est peut-être pour pas grand-chose? 

J.M.