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Les Anglais prêts à être moins payés pour pouvoir télétravailler: est-ce possible en France?

Les salariés du pays n'entendent pas renoncer aux avantages financiers et psychologiques de ce mode de travail. En France, une telle approche est-elle envisageable?

Le retour au bureau pour les salariés n'est pas un long fleuve tranquille. Beaucoup, notamment les plus jeunes, veulent pouvoir conserver au moins une partie de ce mode de travail à distance (de chez eux ou d'ailleurs) quitte à faire des sacrifices financiers.

C'est le cas des salariés anglais. Selon une étude d'Ivanti (un éditeur logiciel), 66% des personnes interrogées disent qu'elles préféreraient rester en télétravail plutôt que d'avoir une promotion et près de la moitié (49%) disent qu'elles accepteraient une baisse de salaire pour pouvoir travailler d'où elles souhaitent.

Des économies, mais aussi des coûts

Seulement 16% des personnes interrogées disent souhaiter revenir au bureau à plein temps à l'avenir.

Les salariés du pays n'entendent pas renoncer aux avantages financiers et psychologiques offerts par le télétravail. En tête de liste, la flexibilité (42%), la réduction du stress et des déplacements (43%), les économies réalisées (48%).

Reste que le télétravail n'est pas non plus considéré comme la panacée absolue. Outre le manque d'interaction avec les collègues, les salariés britanniques regrettent l'augmentation de leur facture d'électricité et des autres coûts liés comme les achats d'équipements. Des coûts qui devraient être pris en charge par leur employeur, estiment-ils.

Et en France?

Etre moins payé pour pouvoir télétravailler, des entreprises appliquent déjà ce concept. Chez Facebook, qui vise 50% de salariés en télétravail, les rémunérations sont ainsi ajustées en fonction du lieu de résidence de chacun.

Concrètement, les salariés qui décideraient de déménager vers des endroits moins chers que la Silicon Valley, pour espérer augmenter leur pouvoir d’achat, doivent automatiquement accepter une baisse de leur salaire, celle-ci est alors contractuellement indexée au coût de leur nouveau lieu de vie.

En France, une telle approche est-elle possible? Le cadre légal du contrat de travail est bien plus rigide que dans les pays anglo-saxons et diminuer le salaire d'un employé en télétravail en fonction de son lieu de résidence serait difficilement justifiable juridiquement car il introduirait des ruptures d'égalité entre les salariés.

"Je ne pense pas que cela soit possible que la proposition émane du salarié ou de l’employeur car elle viendrait se heurter au principe de non-discrimination « à travail égal, salaire égal ». Or la prestation de travail reste la même que le salarié l’exécute depuis son domicile ou dans les locaux de son employeur", explique à BFM Business, Marion Kahn-Guerra, avocate associée au cabinet Desfilis.

"Par ailleurs, dans de nombreuses entreprises, le télétravail est encadré par un accord collectif ou une charte qui fixe le nombre de jours télétravaillés. Là encore, contourner l’accord en octroyant plus de jours télétravaillés en échange d’une baisse de salaire serait une atteinte au principe d’égalité de traitement", ajoute-t-elle.

Par contre, lors du recrutement, certaines entreprises essentiellement des start-up, ont réfléchi à la possibilité d'adapter la grille de rémunération pour ceux qui choisiraient de s'installer dans différentes régions du pays. Avant d'y renconcer.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business