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Les 15 ans des 35 heures, un anniversaire à oublier

Les 35h sont entrées en vigueur le 1er février 2000

Les 35h sont entrées en vigueur le 1er février 2000 - Daniel Janin - AFP

La mesure phare de l'ancienne ministre du Travail Martine Aubry souffle dimanche ses 15 bougies. Et pour notre éditorialiste, Emmanuel Lechypre, le bilan des 35 heures est clairement désastreux.

Les 35 heures fêtent leurs 15 ans. Et à cette occasion, ce sont plus les mouchoirs que le champagne qu’il faut sortir, tant le bilan pour l’économie française est négatif. A commencer sur le plan économique.

Admettons le chiffre généralement admis: les 35 heures, lancées au cours de la plus forte période de croissance que la France a connu depuis la fin des 30 glorieuses, auraient permis la création de 350.000 emplois. Mais ce chiffrage est discutable. Sur le plan méthodologique d’abord : rappelons que les lois Aubry comprenaient deux volets: réduction du temps de travail et baisses de charges.

La littérature économique est sans ambigüité sur les effets positifs de la baisse des charges sur l’emploi. Elle ne montre en revanche aucun effet de la RTT sur les embauches.

Un bilan négatif sur le plan social

Sur le plan chronologique aussi: pour ces 350.000 emplois créés, combien d’emplois détruits par le renchérissement de 10% du coût du travail ? Comme par hasard, c’est entre 2000 et 2007 que le rythme de destruction d’emplois a été le plus élevé en France : deux fois plus élevé précisément qu’entre 1980-2000…Et pas seulement à cause de l’euro et de l’entrée de la Chine dans l’OMC : nos voisins européens, confrontés aux mêmes règles du jeu, ont fait mieux que nous.

Le bilan est aussi négatif sur le plan social. Le constat de départ était le suivant: comme les Français sont très productifs mais que trop peu d’entre eux travaillent, partageons donc les emplois! Que s’est-il passé en fait? Les 35 heures ont aggravé et non pas atténué le mal français: le clivage entre ceux qui ont déjà un emploi, et qu’on a obligé à devenir plus productif, et ceux qui n’en ont pas, qui ont eu encore moins de chance d’en trouver. Résultat: seuls 4 français sur 10 travaillent, et c’est en France que le nombre d’heures travaillées par habitant est le plus faible de tous les grands pays.

Un luxe désormais inabordable

Enfin, le bilan est négatif sur le plan financier: 12 milliards d’euros par an pour que les finances publiques offrent une vingtaine de jours de congés supplémentaires à des salariés qui ont déjà un travail. Franchement, c’est trop. Il faut également tenir compte de tous les dommages subis par les acteurs économiques: les ménages (baisse du PIB/habitant plus forte qu’ailleurs), et surtout les entreprises, dont la rentabilité est elle aussi la plus faible d’Europe.

Le pire, c’est que certains proposent d’aller encore plus loin dans la réduction du temps de travail : alors rappelons leur que même si "on admet" que les 35 heures sont un luxe qu’on pouvait s’offrir à la fin des années 1990, ce n’est plus le cas aujourd’hui, dans un pays sans croissance et sans gains de productivité, contrairement à l’époque.

Emmanuel Lechypre