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La France redevient attractive mais...

Les entreprises étrangères retrouvent le chemin de l'Hexagone

Les entreprises étrangères retrouvent le chemin de l'Hexagone - -

Une performance absolue encourageante mais une performance relative qui incite à la vigilance: voilà les conclusions que l'on peut tirer à grand traits du baromètre Ernest & Young de l’attractivité 2013 publiée ce mardi 27 mai.

La performance absolue est encourageante, car pour la première fois depuis 2010, le nombre de projets d’implantations étrangères en France augmente d’une année sur l’autre: 514 au total, avec 14.122 créations d’emplois annoncées selon le dernier baromètre Ernst &Young publié ce mardi 27 mai dont BFM Business est partenaire.

L’Hexagone profite incontestablement d’un certain engouement pour l’Europe, qui attire de nouveau les investisseurs après les années difficiles marquées par la crise financière mondiale puis européenne. 2013 aura ainsi été une année record pour l’attractivité européenne : 42 pays européens ont attiré au total 3.955 implantations et plus de 165.000 emplois.

La performance relative appelle toutefois à une certaine vigilance: si la France est plus attractive et maintient son rang de troisième destination européenne pour les investisseurs étrangers, l’écart continue de se creuser avec les deux premiers, le Royaume-Uni (799 projets, +15%) et l’Allemagne (701 implantations, +12%). La France fait +9%.

Et rien n’indique une inversion prochaine de la tendance: 34% des investisseurs estiment que l’attractivité de la France va s’améliorer dans les cinq prochaines années. Un niveau encourageant, mais qui reste inférieur au niveau britannique (54%) ou allemand (49%).

La fiscalité reste un point noir pour la France

Qu’est ce qui fait tiquer les investisseurs ? Le niveau élevé de la fiscalité (pour 43%, cela reste la priorité n°1), le coût du travail (34%) et l’environnement juridique des affaires (32%). Cependant, 40% des dirigeants pensent que la capacité d’innovation de la France est l’un de ses principaux atouts (30% en 2013).

Conséquence: les implantations industrielles progressent, mais restent peu créatrices d’emplois. La France demeure ainsi la première destination européenne pour les implantations industrielles, avec 166 projets (contre 127 en 2012), mais elle est largement devancée par sept pays européens pour la création d’emplois associée à ces implantations.

Quels types de postes la France attire–t-elle? L’excellence française dans le secteur de l’énergie et des "utilities" apparaît cette année très clairement, pour les investisseurs étrangers, comme le fer de lance de notre attractivité (premier rang avec 18% de citations). L'énergie est suivie par le numérique et l'industrie des transports (10%), puis les éco-activités (8%).

Quoiqu’en légère progression, les implantations de centres de R&D restent à un faible niveau (26 projets en 2012 et 39 en 2013), ce qui place la France en troisième position européenne derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne. Par ailleurs, la France continue à décevoir sur sa capacité à retenir les centres de décision (cinquième position).

Investissements complexes à réaliser

Dernière fragilité: ce sont surtout les investisseurs traditionnels qui restent fidèles au pays : les entreprises américaines portent encore un quart des projets et plus de la moitié viennent des entreprises européennes. La performance reste décevante en ce qui concerne les investissements en provenance des BRIC (19 projets contre 107 en Allemagne et 87 au Royaume-Uni).

Au final, l’image de la France est celle d’un pays dans lequel le rapport qualité/coût/complexité d’un investissement parait aujourd’hui relativement élevé. Une politique économique plus volontariste et plus lisible contribuerait incontestablement à l’améliorer.

|||sondage|||1911

Emmanuel Lechypre