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Guyane: le conflit social pourrait se durcir 

Malgré l'arrivée d'une mission interministérielle pour tenter de trouver une issue à la crise, le dialogue s'avère difficile entre les représentants de l'État et les acteurs locaux.

Une grève générale en forme d'appel au secours. Le conflit social qui touche la Guyane depuis plusieurs jours devrait se durcir ce lundi, alors que le dialogue s'avère difficile entre l'État et les acteurs locaux.

Air France a ainsi annulé ses vols vers Cayenne dimanche et lundi et selon nos informations, la compagnie n'est pas à l'heure actuelle en mesure d'assurer son vol mardi entre Paris et Cayenne. Une quinzaine de barrages routiers ralentissent la vie économique depuis jeudi, dans ce territoire ultramarin d'Amérique du sud qui compte plus de 250.000 habitants. Une levée transitoire des barrages a toutefois été décidée dimanche pour permettre aux Guyanais de se ravitailler, et les commerces ont partiellement ouvert.

Mais malgré l'arrivée d'une mission interministérielle pour "dialoguer", 37 syndicats réunis au sein de l'Union des travailleurs guyanais (UTG) ont voté samedi à la quasi-unanimité la "grève générale illimitée" pour ce lundi.

De nombreuses revendications

Soutenus par la classe politique locale, des groupes très disparates nés en quelques jours conjuguent désormais leurs forces sous la bannière du "collectif pou la Gwiyann Dekolé" ("pour que la Guyane décolle", en créole guyanais). Le collectif est composé de citoyens contre l'insécurité et pour la santé, et de représentants de près d'une vingtaine de professions. Ils demandent "un plan Marshall".

Les Guyanais exigent d'être "enfin entendus" pour améliorer la prise en charge sanitaire, favoriser le tissu économique, la desserte en courant électrique, pour faire baisser le chômage et la déscolarisation qui touche les jeunes.

"Le gouvernement doit répondre rapidement à ces attentes", a déclaré la ministre de l'Environnement Ségolène Royal, récemment allée sur place et se disant "impressionnée par la justesse de ces attentes". Les financements publics extérieurs, l'État et les institutions publiques représentent en effet près de 90% du PIB de la Guyane.

"J'entends les Guyanais", a assuré la ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, qui a cependant remis une éventuelle visite. "On pourra aller en Guyane lorsque les conditions seront réunies et que les choses auront bien avancé", a-t-elle déclaré.

La présence des ministres exigée

La délégation mandatée par le gouvernement et la préfecture a demandé aux manifestants de leur remettre un "cahier de revendications". Mais 13 des 22 maires de Guyane ont exigé "la venue des ministres et refusent de rencontrer la mission interministérielle". Une position partagée par le "collectif pou la Gwiyann Dekolé".

Pour commencer à répondre aux demandes, Jean-François Cordet, un ancien préfet de Guyane qui pilote la délégation, a annoncé la mise en place d'un scanner à l'aéroport pour lutter contre le trafic de drogues, ainsi que l'accélération du versement des aides européennes. Une enveloppe de "60 millions d'euros supplémentaires" pour le centre hospitalier de Cayenne, fortement endetté, ainsi que des effectifs supplémentaires de forces de l'ordre ont été promis.

Pour rappel, la Guyane avait déjà été paralysée par un important mouvement social fin 2008, à l'appel d'un collectif d'associations de consommateurs et de socio-professionnels contre le prix élevé des carburants. Après onze jours de barrages routiers ayant entraîné la fermeture des écoles, de l'aéroport, et le report d'un tir de fusée Ariane, le prix à la pompe avait été réduit de 50 centimes par litre de carburant.

Le premier satellite tout électrique bloqué

Le premier satellite tout électrique européen est bloqué depuis plusieurs jours dans un container de l'aéroport de Guyane, à Matoury, en raison de la crise sociale qui paralyse le territoire, a indiqué le Centre national d'études spatiales (CNES). Ce satellite, Eutelsat 172 B, bloqué dans un avion Antonov, n'était pas programmé pour le tir ajourné d'Ariane 5, le 21 mars, mais pour un autre tir programmé le 25 avril.

Y.D. avec AFP