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Front commun des banquiers face à la réforme du gouvernement

Les patrons des trois grands groupes bancaires cotés sur le CAC40, ont estimé que la réforme bancaire n'était "pas une urgence"

Les patrons des trois grands groupes bancaires cotés sur le CAC40, ont estimé que la réforme bancaire n'était "pas une urgence" - -

Les trois patrons des grands groupes bancaires du CAC40 ont fait part de leurs doutes concernant la réforme bancaire, lors de leurs auditions par la commission des finances de l’Assemblée nationale, ce mercredi 30 janvier.

Avant de froncer les sourcils, Jean-Paul Chifflet, patron du Crédit Agricole et président de la Fédération bancaire française, s’est permis un trait d’humour. "Nous sommes un peu à contre-courant puisque nous parlons ici non pas de mariage mais de séparation", a-t-il déclaré, ce mercredi 30 janvier, en référence à l'âpre débat en cours sur le mariage pour tous.

Le banquier et ses deux collègues, Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, et Frédéric Oudéa, PDG de la Société Générale, ont, en effet, été auditionnés par la commission des finances de l’Assemblée nationale, sur la réforme bancaire.

Ce projet de loi, qui reprend l'une des promesses de campagne de François Hollande, doit être examiné à partir du 12 février par les parlementaires. Sa principale mesure prévoit d’interdire ou de séparer dans une filiale distincte les activités de banque de marché qui "ne sont pas utiles à l’économie".

D'emblée, Jean-Paul Chifflet n’a pas manqué de souligner que ce texte "reste contraignant pour les banques, car il va amener des bouleversements". Le patron du Crédit Agricole a, pour cette raison, plaidé pour que l'application du projet de loi soit reportée à l'année 2017.

"Compte tenu du nombre de réformes qui sont arrivées ces dernières années, cette évolution n'était ni une urgence, ni une priorité", a-t-il poursuivi. "Je ne crois pas que les éléments de filialisation ou de séparation aient apporté quoi que ce soit, ni dans la prévention de la crise, ni dans sa résolution", a estimé, en écho, Jean-Laurent Bonnafé.

Pas plus de 2% des activités concernées

Mais le plus inquiet a semblé être Frédéric Oudéa. "Vous préparez une loi qui bâtit le futur et qui ne doit pas faire l’impasse sur la situation économique en Europe" dont il s’inquiète du décrochage face aux Etats-Unis et aux pays émergents. "Et nous devons avoir des banques fortes, capables de financer l’économie et qui soit des ambassadeurs de la croissance".

Le dirigeant de la Générale a ensuite expliqué craindre que cette loi ait des conséquences pour les banques françaises sur certaines activités de marché "dominées par les banques anglo-saxonnes". "Dans cette concurrence farouche, nous ne partons pas avec les meilleurs arguments de compétitivité".

Selon lui, les activités de banque de marché représentent environ 15% à 20% du "chiffre d’affaires" (Produit net bancaire) des banques françaises. Et au sein de ces activités "moins de 10%, voire 5%" pourraient être isolées dans la filiale. "Ces estimations seront soumises au régulateur" a-t-il précisé. Après un bref calcul, on en déduit qu’entre 0,75% et 2% de l’activité des banques seraient impactées par la mesure principale du projet de loi!

Les différents amendements parlementaires seront examinés dès la semaine prochaine. Et les estimations données par le patron de la Société Générale pourraient inciter certains élus de gauche à demander un texte plus contraignant.

Julien Marion