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Contrats de génération : l’avis des patrons

En échange de l’embauche d’un jeune et du maintien dans l’emploi d’un senior, les petites entreprises reçoivent une prime de 4 000 euros.

En échange de l’embauche d’un jeune et du maintien dans l’emploi d’un senior, les petites entreprises reçoivent une prime de 4 000 euros. - -

Mesure phare de François Hollande, les premiers contrats de génération pourront être signés d’ici quelques jours. Visant à favoriser l’embauche des jeunes et maintenir l’emploi des seniors, la mesure ne séduit pourtant pas tout le monde.

C’était l’une des mesures emblématiques de François Hollande, une des promesses de campagne censées permettre de réduire le chômage : les contrats de génération sont là. La loi a été publiée dimanche au Journal officiel, et les décrets d’application entreront en vigueur mi-mars.
Contrairement aux contrats d’avenir, pour les jeunes peu qualifiés, les contrats de génération visent à favoriser l'embauche des jeunes de moins de 26 ans en CDI et le maintien des seniors de plus de 57 ans dans l'emploi, deux des populations les plus touchées par le chômage. Au sein d'une même entreprise, le senior doit transmettre son savoir-faire et son expérience à la jeune recrue. En échange de l’embauche et du maintien de l’emploi du senior, les entreprises de moins de 300 salariés recevront une prime de 4 000€ par an pendant 3 ans. Pour les sociétés de plus de 300 salariés, pas d'incitation financière, mais elles devront présenter un plan avec des engagements sur l'emploi des jeunes et des seniors, sans quoi elles devront payer des amendes. Le gouvernement espère signer 500 000 contrats de génération sur 5 ans, et le dispositif devrait coûter à terme 920 millions d'euros par an à l'Etat.

« Pour moi, ça ne sert à rien »

Patron d’une entreprise de 20 salariés spécialisée dans les matières plastiques à Béthune, dans le Pas-de-Calais, Alain Heringuez a décidé de ne pas signer de ces nouveaux contrats. « On aurait deux personnes sur le même poste de travail, regrette le chef d’entreprise. Le tuteur, le senior, passe beaucoup de temps à expliquer le poste, et pendant ce temps-là, il ne fait pas son travail. A partir de là, la soustraction est simple à faire. Evidemment, c’est une sacrée perte de productivité, pour moi, ça ne sert à rien ».

« Augmenter la masse salariale sans contrepartie »

Hervé Lambel, candidat à la présidence du Medef et co-fondateur du syndicat CERF (Créateurs d'emplois et de richesse en France), estime aussi que le contrat de génération est une fausse bonne idée en période de crise. « Tout le problème qu’on rencontre, c’est qu’on va augmenter les effectifs de l’entreprise et une partie de la masse salariale sans, en contrepartie, augmenter le niveau d’activité. L’activité n’a pas suffisamment rebondi pour permettre aux entreprises de se reconstituer des trésoreries solides. Là, on demande à l’entreprise de faire un effort financier sans être sûr d’avoir en face de nouveaux clients qui vont payer le surcoût ».

Mathias Chaillot avec Benjamin Smadja