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Clause Molière: Pierre Gattaz redoute une "dérive nationaliste"

Pierre Gattaz a salué la décision de la COur de justice européenne de laisser les entreprises décider sur la question du port du voile.

Pierre Gattaz a salué la décision de la COur de justice européenne de laisser les entreprises décider sur la question du port du voile. - Eric Piermont - AFP

Le dirigeant du Medef a estimé mardi à l'occasion de sa conférence mensuelle que l'obligation de parler français sur les chantiers de certaines régions présentait un risque de "dérive nationaliste".

Pierre Gattaz a un avis qu'il qualifie de "mitigé" sur la "clause Molière", visant à imposer le français sur les chantiers de certaines régions. Le président du Medef redoute la "dérive nationaliste" induite par cette approche. "Il faut faire attention qu'on ne se recroqueville pas encore une fois sur nous-mêmes, sur la France, sur les Français", a déclaré Pierre Gattaz lors de sa conférence de presse mensuelle. "Si nous voulons construire l'Europe, il faut être ouverts", a-t-il estimé.

La clause Molière a été introduite en Ile-de-France, dans les régions Hauts-de-France, Normandie et d'Auvergne-Rhône-Alpes, est censée lutter contre la directive européenne des travailleurs détachés en imposant le français sur les chantiers dont la région est maître d'oeuvre.

Du "favoristisme" à la "fermeture des fontières"

"Il faut réguler les travailleurs détachés, ce qui est fait actuellement. Il faut tout faire pour réduire la fraude, il faut améliorer l'intégration de nos salariés extérieurs à la France", a jugé le président de l'organisation patronale. Soulignant toutefois qu'il était préférable de parler français sur les chantiers pour des raisons de "sécurité", d'"ordre" et de "communication", Pierre a souligné que cela pouvait comporter des dérives "communautaire ou nationaliste".

"Vous commencez comme ça, et puis après vous commencez à faire du favoritisme, et puis ensuite vous fermez les frontières françaises, et puis vous finissez par sortir de l'euro", a-t-il averti. Indiquant que 180.000 Français travaillaient en Europe, il a insisté sur le fait que la France ne s'en sortirait que "grâce à l'Europe et l'euro".

La question du port de voile doit être tranchée dans l'entreprise

Le leader de l'organisation patronale a par ailleurs salué les arrêts de la Cour de justice européenne qui estiment que le règlement interne d'une entreprise peut prévoir l'interdiction du port visible de signes religieux ou politiques, comme le foulard islamique, sous certaines conditions. "Cette décision de justice me paraît aller dans le bon sens", a déclaré le patron des patrons à des journalistes. "Ces histoires de port de voile, ou d'objets politiques, philosophiques ou religieux, ça doit être traité entre le chef d'entreprise et ses salariés, dans le cadre d'un règlement intérieur", a-t-il jugé.

"Soit ça perturbe le fonctionnement des équipes, des salariés, et en effet le chef d'entreprise doit en tenir compte", a-t-il expliqué, insistant sur la nécessité d'établir un règlement intérieur. "Soit ça ne perturbe pas, c'est accepté par tout le monde, par les clients, par les fournisseurs", auquel cas "on peut l'accepter", a-t-il conclu.

N.G. avec AFP