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Chômage : « Le problème, c’est qu’on attend que l’activité revienne toute seule »

Dans le bassin de Montbéliard, l'activité dépend en partie de la bonne santé de PSA Peugeot- Citroën

Dans le bassin de Montbéliard, l'activité dépend en partie de la bonne santé de PSA Peugeot- Citroën - -

Le chômage est en hausse ininterrompue depuis 23 mois. Plus de 3 millions de Français sont sans aucune activité. Et sur le territoire, certaines régions sont plus touchées que d’autres. C’est le cas de la Franche-Comté où le chômage a augmenté de 15,7% en un an et où 120 000 personnes dépendent de la bonne santé de Peugeot. Salariés et agences d'intérim témoignent.

Les promesses du gouvernement d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année 2013 ne semblent pas avoir encore porté leurs fruits. En mars, le chômage a encore augmenté et ce sont 36 900 personnes supplémentaires qui se sont retrouvées sans aucune activité. Pire, le triste record de 1997 (3,195 millions de chômeurs) a été battu au mois de mars dernier quand ont été comptabilisés 3,224 millions de chômeurs.

« En 10 ans, rien n’a été fait pour préparer l’avenir »

La Franche-Comté, dans l'Est de la France, est la région où, depuis un an, le chômage a le plus augmenté. +15,7% de chômeurs sans aucune activité dans ce bassin de population en un an. A Montbéliard par exemple, dans la région de Pierre Moscovici, le chômage touche de plus en plus de familles. 120 000 habitants qui dépendent presque exclusivement de la bonne santé de Peugeot. Le site de Sochaux-Montbéliard est le plus gros centre industriel de la firme automobile et beaucoup de sous-traitants ajustent leurs embauches sur les commandes passées par Peugeot. « Parfois je travaille, puis je m’arrête, puis je retravaille. Je suis intérimaire, il faudrait que je trouve une embauche. Je suis sûr que si PSA marchait bien, le reste de la région s’en sortirait », regrette Walid, sans emploi stable depuis 3 ans.
Si dans ce bassin industriel le chômage est un véritable fléau, il y a bien une raison, explique le maire de Montbéliard Jacques Hélias : « Pendant 10 ans, on s’est voilé la face en accordant à l’industrie automobile des primes à la casse. Alors tout cela fonctionnait, mais c’était artificiel. Et pendant 10 ans, rien n’a été fait pour préparer l’avenir », insiste-t-il avec amertume.

« Je propose des postes au SMIC sans garantie de durée »

Même dans les agences d’intérim la crise du travail se fait sentir. PSA soufflant le chaud et le froid sur la région, même les agences d'intérim ont de grosses difficultés à proposer des postes stables, comme en témoigne Sylvain Bourquin, le patron d'une agence : « Quand on arrive à détacher 4 ou 5 personnes pour des courtes durées, c’est pas mal. Au début des années 2000, quand on arrivait au bureau à 14h, il y avait 5 ou 6 messages sur le répondeur. Aujourd’hui ça n’arrive plus. Je propose des postes au SMIC sans garantie de durée. Les gens, cela ne les intéresse pas. Je ne pense pas que ce soit un manque de motivation mais on attend que l’activité revienne toute seule ; c'est un peu la mentalité d'ici ».

« Les formations convergent vers… l’automobile »

Après 25 ans de Peugeot, et plusieurs mois de chômage, David Gilbert s'est tourné vers le social. Aujourd'hui, il est assistant social et dresse le portrait de cette population en souffrance : « Ce sont des gens qui pendant longtemps ont eu des contrats intérimaires dans des entreprises dépendant de Peugeot et qui aujourd’hui n’ont plus de contrat. Ils ont donc épuisé leur droit au chômage… Et il n’y a même plus de formation de toute façon puisqu’elles convergent toutes vers l’automobile. Au travers du fait que les gens n’ont plus d’emploi, il y a une sorte d’exclusion qui se fait un peu naturellement. Parce que l’emploi est créateur de lien ».

Tugdual de Dieuleveult avec T. Chupin