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Ayrault va-t-il battre en retraite sur les retraites ?

Jean-Marc Ayrault confronté au dossier des retraites

Jean-Marc Ayrault confronté au dossier des retraites - -

Alors que Le Monde annonçait, vendredi 8 février, une accélération de la réforme des retraites, le Premier ministre temporise désormais. Matignon refuse en tout cas de confirmer l'abandon de l'indexation des pensions sur l'inflation.

Un article du Monde daté du 9 février a mis le feu aux poudres. Le quotidien du soir annonçait une accélération du calendrier de la réforme des retraites décidée par Matignon avec l'aval de l'Elysée.

Selon Le Monde, le chef du gouvernement envisagerait d'annoncer ses premières réformes dès l'été et non en 2014 comme prévu initialement. En tout cas avant la grande conférence sociale de juillet. Il y a effectivement urgence : selon le Conseil d'orientation des retraites (COR), le déficit du régime de base de la sécurité sociale atteindrait 20 milliards d'euros en 2017 sans réforme de structure. Sans parler des 10 milliards nécessaires à ce même horizon aux régimes complémentaires gérés par les partenaires sociaux.

Mais à peine le quotidien du soir était-il paru que Matignon publiait un communiqué démentant, il est vrai du bout des lèvres, une accélération des réformes. Confronté actuellement aux plans sociaux dans l'automobile et l'industrie, le chef du gouvernement peut-il en effet ouvrir un autre front social ?

Taxe sur les retraites de 0,3%

Deux pistes auraient pourtant les faveurs de Matignon : une indexation moins généreuse des pensions sur l'inflation, et une remise en cause de certains avantages fiscaux et sociaux dont bénéficient actuellement les retraités, comme un taux de CSG à 6,6% contre 7,5% pour les salariés.

Le relèvement de la CSG touchant les retraités est un vieux sujet relancé par un rapport de la Cour des Comptes de septembre dernier. Mais pour un gain de 1,2 milliard d'euros par an, le gouvernement risque de se mettre à dos plusiueurs millions d'électeurs.

C'est également vrai avec la non indexation des pensions sur l'inflation puisque la majorité des 18 millions de retraités, ceux disposant de pensions d'un certain montant, pourrait être concernée. L'objectif est naturellement de faire réaliser des économies à la branche vieillesse de la sécurité sociale (voir ci-contre) grâce à une moindre revalorisation. Déjà, au 1er avril, la retraite complémentaire des salariés non cadres, ne devrait être augmentée que de 0,8%, alors que l’inflation atteindra le double, permettant du coup une économie de 780 millions d’euros. L'Etat s'alignerait donc sur la réforme décidée par les partenaires sociaux gestionnaires de l'Arrco.

Mais politiquement, la décision de désindexer les pensions serait tout sauf populaire. D'autant qu'au 1er avril, 7,5 millions de retraités imposables vont déjà devoir supporter une taxe de 0,3% destinée à financer officiellement la dépendance.

En revanche, toujours selon Le Monde, le gouvernement n'envisagerait pas immédiatement des réformes de fond, comme l'allongement de la durée de cotisation, ou le recul de l'âge de départ en retraite à 62 ou 63 ans. Pas plus qu'il n'évoque pour l'instant la remise en question des régimes spéciaux de retraite du secteur public qui coûtent pourtant plus de 6 milliards par an aux contribuables.

Patrick Coquidé