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Après Florange, la fin de la sidérurgie ?

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ArcelorMittal vient d’annoncer l’arrêt définitif des deux hauts-fourneaux du site de Florange en Lorraine. Naguère florissante, que reste-t-il désormais de la sidérurgie en France ?

La nouvelle est tombée lundi matin, confirmant ce que beaucoup pressentaient déjà depuis plusieurs mois : le groupe sidérurgique ArcelorMittal a annoncé la fermeture définitive des hauts-fourneaux du site de Florange, en Lorraine. Si le gouvernement a obtenu un délai de 60 jours pour trouver un repreneur à l'usine, sa fermeture, dans le cas où aucun repreneur ne se manifesterait, mettrait un point presque final à la sidérurgie en Lorraine. Explications.

>> Le cas Florange

Après ceux de Gandrange, il y a trois ans, ce sont aujourd'hui les hauts-fourneaux de Florange, à l'arrêt depuis 14 mois, qu'ArcelorMittal a décidé de fermer définitivement. Une activité que son PDG Lakshmi Mittal juge aujourd'hui non rentable en raison des coûts de production trop élevés et de la baisse de la demande. Selon Henri Blaffart, vice-président Europe d'ArcelorMittal, "aujourd'hui, on a 25% de baisse de la demande par rapport à la situation d'avant-crise". L'arrêt temporaire en attendant un redémarrage de l'activité n'est donc plus de mise. ArcelorMittal veut aujourd'hui se concentrer sur la filière dite "froide", et même y investir.

>> 60 jours pour trouver un repreneur

L'Etat a négocié un délai de 60 jours pour trouver un repreneur pour les hauts-fourneaux, ce que l'on appelle la "filière chaude" ou "filière liquide", mais aussi la cokerie. Les hauts-fourneaux produisent l’acier brut à partir de minerai de fer et de carbone. ArcelorMittal a accepté d'inclure la cokerie, qui transforme le charbon, au lot des hauts-fourneaux. Pour le délégué CFDT, Serge Fuss "céder les hauts-fourneaux sans la cokerie, cela revient à vendre une voiture sans moteur". Si en revanche, les hauts-fourneaux ne trouvent pas repreneur, le groupe conservera la cokerie, toujours en activité et ui continuera d'alimenter les hauts-fourneaux de Dunkerque. La "filière froide" ou "activité aval", qui consiste en la transformation du métal, serait, elle, alimentée par l'acier produit dans les hauts-fourneaux de Dunkerque.

>> Quel avenir pour les salariés ?

Aujourd’hui, avec l’arrêt définitif des hauts-fourneaux de Florange, et sauf si l’Etat trouve un repreneur, les 629 salariés de la filière "à chaud" sont directement menacés de chômage. Le groupe ArcelorMittal affirme, lui, qu’il est "possible d'éviter tout licenciement sec", en recourant à la "mobilité et à l’accompagnement individuel". La négociation pour le plan social devrait commencer le 16 octobre prochain.

A Gandrange, fermée en 2009, Nicolas Sarkozy avait pris des engagements pour le reclassement des ouvriers. Eric Besson, avait alors affirmé que les salariés avaient été reclassés "soit par départ en retraite (…) soit en interne". Une moitié des effectifs avait été reclassée au Luxembourg et l’autre à Florange. Mais, comme le rappelle Edouard Martin, délégué syndical CFDT, les sous-traitants ont, eux, été victimes de licenciements secs.

C’est aujourd’hui le même cas de figure. Des reclassements sur les sites de Fos-sur-Mer et Dunkerque sont bien envisageables. Mais si 629 salariés sont concernées par un éventuel plan social, il faut "multiplier par deux" le nombre de personnes qui risquent de se retrouver sur le carreau, si l'on compte les sous-traitants, juge Edouard Martin. A moins qu'un repreneur se fasse connaître d'ici là.

>> Lorraine, la fin d'une époque

Région emblématique de la sidérurgie, la Lorraine est aujourd’hui sinistrée. Depuis les années 70, l’activité s’est réduite comme peau de chagrin. Alors que les hauts-fourneaux faisaient partie intégrante du paysage, Florange est aujourd’hui un des derniers de Lorraine. Reste encore celui de Saint-Gobain à Pont-à-Mousson, qui produit de la fonte. De son côté, ArcelorMittal dispose encore de hauts-fourneaux à Dunkerque et à Fos-sur-Mer.