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Emploi: quel bilan pour François Hollande?

La France sous François Hollande n'a pas vraiment fait pire que ses voisins

La France sous François Hollande n'a pas vraiment fait pire que ses voisins - Stéphane de Sakutin - AFP

DÉCRYPTAGE - Si on compare l'évolution depuis 2012 des taux de chômage en France, dans les autres grands pays d'Europe et aux États-Unis, la politique économique de François Hollande semble ne pas avoir porté ses fruits. Mais la réalité est plus nuancée.

François Hollande a annoncé ce jeudi soir qu'il ne serait pas candidat à l'élection présidentielle. Quatre ans et demi après son accession au pouvoir, le président de la République n'a pas vraiment convaincu les Français de l'efficacité de son action en matière d'emploi.

Au-delà des controverses sur l'inversion de la courbe du chômage, qui, de toute façon, intervient après des années de hausse continue, les électeurs ont le sentiment que la situation du marché de l'emploi est pire aujourd'hui qu'elle ne l'était en juin 2012. Une impression générale que les chiffres semblent confirmer. Pour s'en convaincre, on pourrait se contenter de comparer l'évolution nationale du taux de chômage avec celle qu'on observe sur la même période dans les grands pays de l'Union européenne et aux États-Unis.

La courbe ci-dessous est cruelle. La France est clairement à la traîne. Son taux de chômage n'a non seulement pas diminué mais il a même légèrement augmenté par rapport à juin 2012: on est passé de 9,7% à 10,2% en septembre, outre-mer compris, selon les données d'Eurostat. Et on rappellera que, selon les chiffres de Pôle Emploi, la France comptait en octobre 496.200 chômeurs de plus en catégorie A (sans aucune activité) qu'à l'arrivée du chef de l'État à l'Élysée.

Taux de chômage entre juin 2012 et septembre 2016

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Sources: Eurostat, BLS

"Ni mieux ni pire que les autres"

Depuis juin 2012, un seul pays a vu son taux de chômage augmenter plus sensiblement qu'en France: l'Italie. Du moins jusqu'en novembre 2014. Dans tous les autres (Espagne, Allemagne, États-Unis, Royaume-Uni), la proportion des demandeurs d'emploi au sein de leur population active a décru. 

Faut-il en conclure que la France a moins profité d'une conjoncture globalement favorable ailleurs? "La performance de la France est médiocre, mais elle est dans la moyenne. Elle n'a fait ni mieux ni pire que les autres", rétorque Philippe Askenazy, économiste spécialiste du droit du travail, enseignant au CNRS et à la Paris School of Economics.

"Quand vous regardez les autres pays, comme l'Espagne, la reprise de l'emploi est liée à une hausse des emplois précaires. Le marché du travail espagnol reste toujours en situation de fragilité et manque toujours de CDI. Et pour la Grande-Bretagne non plus il n'y a pas eu de miracle. La baisse du taux de chômage s'est faite à travers le développement d'emplois à faible valeur ajoutée avec des rémunérations basses, comme c'est le cas avec les contrats zéro heure. Ainsi qu'avec une hausse des auto-entrepreneurs", développe-t-il. "La baisse du chômage est à mettre au compte d'un appauvrissement des travailleurs", ajoute-t-il.

Le miracle allemand

Ce constat est partagé par Philippe Waechter, chef économiste de Natixis Asset Management. Ces pays "ont créé une dynamique d'emplois peu rémunérés, avec l'exemple des contrats zéro heure au Royaume-Uni. Nous ne sommes donc pas sur une reprise solide en termes d'emploi", fait-il remarquer. "Il faut voir que l'Espagne avait connu un choc terrible, avec un chômage qui est monté jusqu'à 24%. Et il va falloir attendre des années pour passer des 20% d'aujourd'hui à ne serait-ce que 10%", ajoute-t-il.

Pour ce qui est des États-Unis, Philippe Waechter rappelle que la baisse du chômage s'est accompagnée "d'importantes sorties du marché du travail, et donc d'une baisse de l'activité". Baisse que Philippe Askenazy quantifie précisément: 15 millions d'Américains ont quitté le marché du travail depuis 2009 dont 6 millions depuis 2012. "On parle de 'missing workers'. Ces Américains ont fait le choix de rester à la maison car travailler n'est pas rentable, les salaires étant trop faibles".

Reste l'exception allemande dont le chômage n'a cessé de baisser depuis 2012. Y compris après l'instauration d'un salaire minimum national le 1er janvier 2015. Cette contrainte imposée aux employeurs n'a pas cassé la tendance. Elle a, au contraire, tordu le cou à une idée reçue largement distillée par une partie de la gauche française, à savoir que la reprise de l'emploi allemand a été, avant tout, tirée par les mini-jobs, payés 1 euro de l'heure. "Même les économistes d'outre-Rhin parlent de miracle allemand. Le problème avec un miracle, c'est que l'on a beaucoup de mal à l'expliquer. La réduction de la population active allemande due au vieillissement, par exemple, n'est pas une explication suffisante ", souligne Philippe Askenazy.

Manque de croissance

Mais en dehors de l'exception allemande, la différence entre la France et les autres pays s'explique au moins en partie par ce que Philippe Waechter qualifie comme étant "un choix de société", c'est-à-dire le refus de précariser les personnes en situation d'emploi. Philippe Askenazy nuance: "On est plutôt dans un entre-deux, dû justement à une absence de choix. Car il y a aussi une montée de la précarité en France".

Par ailleurs, pour Philippe Waechter, si la France n'a pas réussi à abaisser le chômage au regard des autres pays c'est aussi parce qu'elle a "un problème de croissance". "Cette année encore nous aurons plusieurs dixièmes de points de PIB de retard avec la moyenne de la zone euro. C'est la véritable problématique: nous n'arrivons pas à refaire de la croissance", insiste-t-il. Après 1,2% en 2015, la France devrait connaître une croissance de 1,3% (selon l'Insee) soit effectivement moins que la zone euro (attendue à 1,7% par la Commission européenne). Un point d'autant plus crucial que les économistes s'accordent à penser que le chômage ne peut commencer à descendre qu'à partir de 1,5% de croissance…