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Emploi: les secteurs qui repartent (et ceux qui calent)

Image d'illustration - Un salarié sur la ligne d'assemblage de la Renault Zoé à Flins (Yvelines).

Image d'illustration - Un salarié sur la ligne d'assemblage de la Renault Zoé à Flins (Yvelines). - Martin BUREAU / AFP

Au deuxième trimestre, les destructions d'emplois ont ralenti. Mais les disparités entre les différents secteurs restent très importantes. Détails.

La crise liée au Covid-19 a encore fortement impacté l'emploi salarié au deuxième trimestre avec 158.200 destructions nettes sur la période, selon les derniers chiffres de l'Insee. C'est mieux qu'au premier trimestre où 492.200 emplois avaient été détruits.

Ce chiffre cache néanmoins de grandes disparités sectorielles. Certains secteurs parviennent à sauver les meubles alors que d'autres sont toujours en forte baisse.

Les secteurs qui résistent ou qui se redressent

La construction, un des secteurs mis à l'arrêt pendant le confinement a connu l'un des redémarrages les plus rapides. L'emploi salarié hors intérim se stabilise au 2e trimestre: 0,0% après -0,2% au trimestre précédent (soit -3400 emplois). Sur un an, l'emploi y demeure même plus élevé qu'un an auparavant: +1,4% soit +19.100 emplois supplémentaires.

L'énergie, l'eau, les déchets ont également démontré leur résilience pendant la crise, l'activité ayant été maintenue de manière quasiment nominale. Sur un trimestre, l'emploi salarié ne baisse que de 0,5% dans ces secteurs et de 0,3% sur un an.

L'emploi dans les services aux entreprises progresse de 2,3% sur la période. Mais cette reprise ne compense pas encore la chute sur un an qui est de 6,7% avec 235.000 emplois détruits.

Les services marchands relèvent également la tête avec -0,9% entre avril et juin contre -3,7% lors des trois premiers mois de l'année. Ce redressement est avant tout du au bond de l'intérim dans ce secteur qui progresse de 23% sur la période après avoir chuté de 40% au premier trimestre.

L'emploi dans le secteur de l'information et de la communication reste également stable compte tenu des besoins dans le contexte de crise avec une baisse de 0,1% sur un an mais sur le trimestre, elle est de 0,9%.

Les secteurs qui s'enfoncent

L'agriculture après avoir bien résisté au premier trimestre (-0,5%) voit la situation de l'emploi salarié se dégrader au deuxième avec un repli de 1,5%. Sur un an, la baisse atteint 1%.

Même constat pour l'industrie agroalimentaire avec -1,1% sur trois mois mais seulement -0,6% sur un an.

Dans l'industrie, le bilan est également lourd avec un repli de l'emploi salarié de 0,9% au deuxième trimestre (soit une destruction nette de 28.000 emplois) après -0,3% au premier. Sur un an, la baisse est de 1,2%.

Douche froide pour l'emploi dans les biens d'équipements, l'emploi salarié y chute de 1,5% sur un an. Au deuxième trimestre, le repli est de 0,9%.

Enfin, le repli le plus important concerne le secteur de l'hôtellerie restauration, qui a le plus longtemps été paralysé. Sur le trimestre, l'emploi salarié chute de 7,6% (-83.000 emplois après un recul de 50.000 emplois au premier trimestre). Sur un an, la chute est de 9,8%. Les destructions nettes atteignent 110.000 postes sur un an.

L'intérim: une hausse en trompe l'oeil

L'intérim rebondit au deuxième trimestre 2020: +23% soit +108.100 emplois après -40% au premier trimestre. Cette hausse des emplois d'intérimaires vient notamment d'une reprise dans les services marchands.

Néanmoins, il demeure nettement au-dessous de son niveau de l'année précédente: -27,1 %, soit 215.300 destructions d'emplois sur un an. Les professionnels du secteur se montrent néanmoins optimistes pour les prochains mois et le 4e trimestre.

Sur BFM Business, Alain Roumilhac, président de ManpowerGroup France indique: "Aujourd'hui il y a plus d'entreprises qui nous disent qu'elles vont embaucher au quatrième que d'entreprises qui vont débaucher. C'est un message très positif". Et de citer une forte demande dans le secteur du numérique.

Vers une stabilisation des destructions d'emplois

Selon l'Insee, après une baisse de 715.000 emplois au premier semestre, l'emploi salarié "serait quasiment stable au second semestre", le résultat "de deux effets opposés".

"À la hausse, le rebond de l'activité se traduirait par un rebond modéré de l'emploi dans la plupart des secteurs, notamment sous la forme de contrats intérimaires et via la reprise d'embauches en contrats à durée déterminée", explique l'Insee, notamment dans l'industrie (hors matériels de transports) et le commerce. "À l'inverse, l'emploi continuerait de se contracter nettement dans les secteurs plus durablement affectés par la crise (matériels et services de transport, hébergement-restauration, services aux ménages dont les services culturels)", poursuit le statisticien.

Ces prévisions de l'Insee sont un peu moins pessimistes que celles du gouvernement, de l'Unedic ou de la Banque de France, qui tablent sur 800.000 à un million d'emplois supprimés.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business