BFM Eco

Sous la menace d'une procédure pour déficit excessif, l'Italie de Salvini veut changer les règles européennes

Le vice-président du conseil et ministre de l'Intérieur italien, Matteo Salvini.

Le vice-président du conseil et ministre de l'Intérieur italien, Matteo Salvini. - Andreas Solaro - AFP

Face à la hausse de la dette italienne, la Commission va demander à placer l'Italie en procédure disciplinaire. Le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini veut quant à lui changer les règles budgétaires européennes.

La Commission européenne devrait demander officiellement le 5 juin de placer l'Italie sous la procédure pour déficit excessif, ont appris Reuters et Bloomberg lundi. Bruxelles a pris cette décision car Rome n'a pas fait assez d'efforts pour contenir son déficit et sa dette publique. Cette dernière devrait augmenter de 1,5 point cette année pour atteindre 133,7% du PIB, selon les prévisions de la Commission. 

Une lettre d'avertissement doit être envoyée au gouvernement italien, qui pourrait la recevoir cette semaine. Cette procédure disciplinaire prévoit une amende pouvant aller jusqu'à 0,2 point de PIB du pays visé. 

"Nous verrons si nous recevons cette lettre dans laquelle ils nous imposent une amende pour accumulation de dette dans le passé et nous disent de payer trois milliards d'euros", a déclaré ce mardi le vice-Premier ministre Matteo Salvini à la radio italienne RTL.

Les ministres des Finances se réuniront le 14 juin

Les autres États de l'Union européenne devront valider la proposition de la Commission pour que la procédure soit effectivement lancée. Le prochain Conseil des 28 ministres des Finances aura lieu le 14 juin à Luxembourg.

S'ils suivent l'avis de l'exécutif européen, une série de recommandations sera faite à Rome, qui devra fournir des comptes rendus sur leur mise en œuvre tous les 3 ou 6 mois. Ce n'est que si le gouvernement ne les applique pas, ou ne fait pas preuve de bonne volonté pour tenter de les appliquer, que le paiement d'une amende pourrait entrer en ligne de compte.

Cela n'est encore jamais arrivé, alors que de nombreux pays, dont la France, ont déjà été en procédure pour déficit excessif. À cette heure, il n'en reste plus q'un: l'Espagne, qui devrait en sortir cette année, Madrid ayant nettement réduit son déficit en 2018.

Changer les "vielles règles" budgétaires

Leader de Lega (extrême-droite), Matteo Salvini est sorti renforcé par le scrutin européen qui a placé son parti largement en tête avec 34,33% des voix. Sur RTL, il a promis de mettre "toute (son) énergie" pour changer ces "vieilles règles budgétaires" européennes. 

"Il vous paraît normal que pour une règle du passé, à un moment historique où on a 5 millions de chômeurs, l'Europe nous demande une amende de 3 milliards d'euros? Nous changerons cette règle."

Le vice-Premier ministre italien n'entend pas renouer avec l'austérité pratiquée par ses prédécesseurs, mais "investir". Pour cela, il entend notamment en baisser les impôts avec la flat tax de 15% promise par son parti aux législatives il y a un peu plus d'un an. L'objectif est d'administrer "un traitement Trump, Orban, un choc fiscal positif qui fera repartir le pays", a-t-il lancé, en référence aux baisses d'impôts massives consenties par le président américain et son allié européen le Premier ministre hongrois.

"Avec la règle de l'austérité, le déficit a augmenté de façon démesurée, il faut faire le contraire, il faut investir sur les Italiens, il faut abaisser les taxes."

Jean-Christophe Catalon