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Pourquoi malgré ses succès le plan Juncker reste bien modeste

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. - Aris Oikonomou - Pool - AFP

Alors qu'il va entamer sa dernière année à la tête de l'exécutif européen, Jean-Claude Juncker peut déjà afficher la réussite de son plan d'investissement, qui a dépassé l'objectif initial de 315 milliards d'euros. Ce dispositif reste néanmoins modeste à l'échelle de l'économe européenne.

C'est son dernier discours avant les élections européennes de mai 2019. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker s'exprimera ce mercredi sur l'État de l'Union. L'occasion pour lui de revenir sur son bilan et sur ce qu'il compte finaliser avant la fin de son mandat en octobre 2019.

Lors de son arrivée à la tête de l'exécutif européen il y a quatre ans, à l'époque où la croissance était en berne sur le Vieux continent, le Luxembourgeois avait placé dans ses priorités le lancement d'un plan d'investissement, le fameux "plan Juncker", d'un montant de 315 milliards d'euros à déployer en trois ans. Au-delà des aspects économiques, le dispositif visait aussi à obtenir le soutien de la gauche au Parlement européen, qui réclamait un plan de relance.

Attirer les investisseurs vers les projets risqués

Les 315 milliards d'euros évoqués plus haut ne sont pas sorties de la poche des Européens. Le constat à l'époque était que les liquidités étaient présentes sur le continent pour financer l'investissement, mais entre les mesures de réglementation bancaire et la faiblesse de l'activité, les banques étaient frileuses à prêter.

Le principe du plan Juncker est d'attirer les investisseurs vers des projets jugés risqués. Pour cela, Bruxelles a créé de toute pièce, en piochant à droite et à gauche, un fonds de garantie de 21 milliards d'euros. De plus le bras armé de la Commission, la Banque européenne d'investissement (BEI) a élargi ses domaines d'intervention. Des projets qui ne trouvaient pas de financement ont eu le soutien de la BEI, incitant ainsi d'autres investisseurs, publics ou privés, à venir compléter la mise. En cas d'échec, le fonds de garantie pouvait amortir les pertes.

C'est donc à partir de ce fonds de garantie de 21 milliards d'euros et des prêts de la BEI, que des investissements supplémentaires devaient être générés pour atteindre un total 315 milliards d'euros.

La France et l'Italie premières bénéficiaires

Le contrat a été rempli cet été. Le plan Juncker a même dépassé son objectif puisqu'il atteint aujourd'hui 335 milliards d'euros. Environ 900 projets ont reçu des financements, qu'ils n'auraient pas pu obtenir sans le plan Juncker, selon la BEI. Les deux tiers des sommes avancées viennent d'investisseurs privés, le reste se répartit entre des organismes publics (comme la Banque publique d'investissement en France) et la BEI.

La plan Juncker a ciblé essentiellement des PME, des petites entreprises qui avaient besoin de moyens pour passer à la phase industrielle. De même que des projets liés au développement durable, à la rénovation énergétique et à l'innovation de manière générale, qui sont par définition risqués.

La France et L'Italie sont les deux premiers bénéficiaires du plan Juncker en volume. Depuis 2015, les entreprises installées en France ont reçu 50,2 milliards d'euros de financement.

Un plan modeste

Le plan Juncker devait être à l'origine temporaire. Devant le succès du dispositif, il va être prolongé jusqu'en 2020 et faire passer le montant total d'investissements générés à 500 milliards d'euros.

Au niveau local, le plan a permis de compenser des défauts. La Grèce et l'Italie avait besoin de relancer l'investissement vers les PME. En France, le financement bancaire restait solide, mais les PME innovantes avaient des difficultés à obtenir des prêts. Le dispositif a permis de débloquer certaines de ces problématiques. L'objectif est d'"aider le marché à délivrer davantage d'un certain type de prêt", explique la Commission.

En revanche, au niveau global, les effets sont assez minces. Le plan Juncker a pour l'instant fait gagner 0,6 point de PIB à l'Union européenne, chiffre qui devrait passer à 1,3% d'ici 2020. Il a créé ou maintenu 750.000 emplois, un montant qui devrait atteindre 1,4 million dans deux ans.

Il faut dire que le plan Juncker paraît modeste à l'échelle de l'économie européenne. En 2017, l'investissement dans les 28 États membres s'élevait à 3100 milliards d'euros. Mobilisés en trois ans, les 335 milliards d'euros du plan Juncker ne représente qu'entre 3% et 4% de l'investissement total dans l'Union européenne. Preuve de sa modestie, le plan est passé sous les radars en juillet, alors qu'il venait d'atteindre son objectif. Il faut garder en mémoire que le budget de l'UE représente seulement 1% du PIB cumulé des 28. Le volet budgétaire reste entre les mains des États.

Jean-Christophe Catalon