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Liaison Lyon-Turin: où en est le chantier du tunnel ferroviaire?

À Saint-Martin-La-Porte en Savoie, côté français, plus de 64% des 9 km de la galerie de reconnaissance dans l’axe et le diamètre du tunnel de base franco-italien, ont été creusés.

À Saint-Martin-La-Porte en Savoie, côté français, plus de 64% des 9 km de la galerie de reconnaissance dans l’axe et le diamètre du tunnel de base franco-italien, ont été creusés. - Société Telt (Tunnel Euralpin Lyon Turin)

Contesté par le mouvement 5 étoiles italien au pouvoir, le tunnel ferroviaire continue d'être creusé sous les Alpes. La France presse l'Italie de sortir le projet de l'impasse politique. L'Europe conditionne l'attribution de nouveaux financements au respect du calendrier.

En visite vendredi 1er février en Savoie sur le chantier du tunnel ferroviaire Lyon-Turin, la ministre des transports, Élisabeth Borne, a invité l'Italie à prendre rapidement des décisions sur son engagement dans le projet afin que son calendrier soit respecté.

"il y a aussi des échéances qui nécessitent que des décisions soient prises dans un calendrier compatible avec la mobilisation des financements européens", a déclaré la ministre.

La veille, jeudi 31 janvier, le ministre italien des Transports Danilo Toninelli avait indiqué que le rapport évaluant les coûts et les bénéfices de cette liaison à grande vitesse (LGV), commandée par le gouvernement de Giuseppe Conte, sera rendu public après la mi-février. Selon la presse italienne, il ne fait aucun doute que ce rapport recommande l'arrêt des travaux du tunnel. Si une annulation de ce projet transfrontalier reste une hypothèse possible, voici où en sont les différents éléments du dossier.

Un projet central de tunnel transfrontalier de 57,5 km

Né dans les années 1990, ce projet veut reporter sur le rail une partie du fret routier entre la France et l’Italie. Le Lyon-Turin est une ligne ferroviaire qui s’étend sur 270 km, dont 70% en France et 30% en Italie. L'élément central est la section transfrontalière de la liaison ferroviaire (65 km), en souterrain à 89%. Ce tunnel doit s'étendre sur 57,5 kilomètres entre Saint-Jean-de-Maurienne (France) et Suse (Italie): 45 km en France et 12,5 en Italie. La société binationale Telt (Tunnel Euralpin Lyon Turin) est en charge de la construction. La mise en service du tunnel de base est prévue pour 2030.

20 ans de gestation et d'accords internationaux

La réalisation de l’ouvrage est régie par quatre accords internationaux souscrits entre la France et l’Italie en 1996, en 2001, en 2012 en 2015 et un protocole complémentaire en 2016. Entre fin 2016 et début 2017, les Parlements français et italien ont ratifié l’accord qui lançait les travaux définitifs. Le 21 mars 2018 le Comité interministériel pour la programmation économique (Cipe) a approuvé le projet du site de chantier sur le versant italien qui prévoit la réalisation des travaux principaux de l’ouvrage à partir de Chiomonte (Italie) au lieu de Suse. La procédure d’autorisation de l’ouvrage, en France et en Italie, est achevée depuis cette date.

Le creusement avance vaille que vaille

Le tunnel continue d'être creusé dans les Alpes des deux côtés de la frontière. "Près de 800 personnes s'activent sur l’ensemble du chantier dont 530 en chantiers et 250 réparties en sociétés de service et ingénierie" précise-t-on du côté de la Telt.

  • A ce jour, le creusement atteint 15,5% des 162 km galeries prévues par l’ouvrage (tunnels de reconnaissance, sondages, descenderies etc.). Côté français, à Saint-Martin-La-Porte (Savoie), plus de 64% des 9 km de la galerie de reconnaissance située dans l’axe et le diamètre du tunnel de base ont été creusés. Côté italien, à Chiomonte le creusement des 7 km de la galerie de reconnaissance a été achevé en février 2017. Mais le lancement du creusement du tunnel de base côté italien n'est pas encore effectué.

Le financement sous la houlette de l'Europe

Le tunnel de 57,5 km affiche un coût global de 8,6 milliards d'euros. "Jusqu'à aujourd'hui 2,5 milliards d'euros ont été engagés pour la réalisation de l'ouvrage, dont 1,2 milliard déjà dépensés pour les études et projets (financés à 50% par l'Union européenne, 25% par la France et 25% par l'Italie). 1,3 milliard sont contractualisés. D'ici à 2019, l'attribution de marchés pour un montant global de 5,5 milliards d'euros est prévue", explique la société Telt.

La construction du tunnel est cofinancée par l’Union européenne à 40%, le reste étant réparti entre les deux pays (35% pour l’Italie, 25% pour la France). La part de l'Europe dans la construction elle-même pourrait atteindre 50% comme pour la phase études et projets. Cette rallonge diminuerait d'autant le coût budgétaire supporté par la France comme par l'Italie, ce qui permettrait de vaincre les réticences transalpines.

La France favorable à l'achèvement du projet

En juillet 2017, Emmanuel Macron avait annoncé une "pause" dans les grands projets d’infrastructures, laissant planer un doute sur la poursuite du Lyon-Turin. Mais fin septembre 2017, lors d’un sommet franco-italien, il a confirmé l’engagement de l’État en faveur de cet ouvrage. Évoquant la "position claire de la France" sur la poursuite du projet, au regard notamment du traité international ratifié lors du dernier sommet franco-italien, la ministre des Transports, Elisabeth Borne a rappelé "l'engagement" pris à cette occasion par les deux États et estimé que "le projet doit aller à son terme".

Les atermoiements du pouvoir italien

La coalition au pouvoir en Italie depuis le printemps 2018 est en désaccord total sur le projet. Alors que la Ligue (extrême droite), dont la base électorale dans le nord du pays est très favorable à la future LGV, veut poursuivre le chantier, le Mouvement 5 étoiles (M5S) prône un abandon ou une remise à plat intégrale. Pour ce mouvement, cette ligne ferroviaire est considérée comme un gaspillage d'argent public. Ainsi, le vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio a assuré dimanche 3 février que cette ligne ferroviaire "ne se fera pas", deux jours après que son partenaire au gouvernement, Matteo Salvini, eut réaffirmé son franc soutien au projet.

Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte a essayé de calmer le jeu. Il a rappelé que la décision finale de l'exécutif serait prise de manière "transparente", après une analyse du "rapport coûts-bénéfices" commandée par le gouvernement et qui devrait être rendue publique vers la mi-février.

Frédéric Bergé