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Ce que propose l'initiative franco-allemande pour répondre à la crise du coronavirus

Fonds de relance, renforcement de la souveraineté sanitaire et industrielle, accélération de la transition écologique... Pour faire face à la crise sanitaire et favoriser la reprise en Europe, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont présenté ce lundi une initiative franco-allemande articulée autour de quatre points.

La France et l'Allemagne montent au front. A l'issue d'une visioconférence ce lundi, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont présenté une initiative commune en faveur de "la relance européenne face à la crise du coronavirus". 

"Nous, la France et l’Allemagne, sommes pleinement déterminées à assumer notre responsabilité pour l’Union européenne et nous contribuerons à ouvrir la voie pour sortir de la crise. À cette fin, nous devons plus que jamais mettre à profit la puissance que nous tirons de notre action conjointe en tant qu’Européens et unir nos forces de façon inédite", souligne la déclaration franco-allemande.

> Fonds de relance de 500 milliards d'euros

Le plan présenté par les deux dirigeants s'articule autour de quatre points. Le premier consiste en la création d'un Fonds de relance de 500 milliards d'euros qui sera destiné en priorité aux secteurs et régions du continent les plus touchés par l'épidémie. 

Si l'initiative était validée par les 27 Etats membres, ce Fonds de relance serait financé par des emprunts sur les marchés réalisés par la Commission européenne "au nom de l'UE". Cet argent sera ensuite reversé en "dépenses budgétaires" aux pays européens et "aux secteurs et régions les plus touchés", souligne la déclaration. En outre, "les pays bénéficiaires du plan de relance n'auront pas à rembourser les aides", a affirmé Emmanuel Macron, ce qui inclut un élément de solidarité inédit.

> Souveraineté sanitaire

Le chef de l'Etat et la chancelière allemande souhaitent également renforcer la souveraineté sanitaire de l'Europe. La création d'une "Europe de la santé doit devenir notre priorité", a déclaré Emmanuel Macron. 

Pour ce faire, ils suggèrent d'augmenter les capacités de recherche et développement dans le domaine des vaccins et des traitements avec l'objectif à court terme "de fabriquer un vaccin contre le coronavirus au sein de l'Union européenne, tout en garantissant un accès mondial à ce vaccin". Des stocks stratégiques communes de produits pharmaceutiques et médicaux (masques, tests...) pourraient également être mis en place en parallèle d'une augmentation des capacités de production de ces produits au sein du bloc. 

Le plan franco-allemand préconise en outre de "coordonner les politiques européennes en matière de marchés publics communs pour les vaccins et traitements futurs afin de parler d'une seule voix face à l'industrie pharmaceutique et de garantir un accès européen et mondial plus efficace".

Une "task force" de l'UE chargé de la santé au sein du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies pourrait aussi voir le jour pour "élaborer des plans de prévention et de riposte" en cas d'épidémie. Emmanuel Macron et Angela Merkel plaident enfin pour des normes européennes communes en matière "d'interopérabilité des données sanitaires" qui permettraient de disposer des statistiques comparables entre Etats en période d'épidémies. 

> Transition écologique et numérique

Le couple franco-allemand a fait part de sa volonté de moderniser les modèles économiques européens et ont, dans cette optique, réaffirmer l'importance du Green Deal européen qui prévoit la neutralité carbone d'ici à 2050. A cela doit s'ajouter une augmentation des objectifs de l'UE en matière de réduction des émission pour 2030, ont proposé les deux dirigeants. "Les règles relatives aux aides d’Etat doivent être revues à l’aune d’une politique climatique plus ambitieuse et des risques de fuite de carbone", peut-on lire dans la déclaration commune. 

Les autres propositions dans ce cadre consistent en l'introduction d'un prix minimum du carbone au sein du Système d'échange de quotas d'émission de l'EU et en l'élaboration "pour chaque secteur" d'une "feuille de route pour une reprise respectueuse de l'environnement incluant, là où c'est nécessaire, des cibles et/ou des conditionnalités en matière de climat et d'environnement". 

S'agissant de la transition numérique, la France et l'Allemagne disent vouloir accélérer le déploiement de la 5G et redoubler d'efforts pour "obtenir des infrastructures et des technologies de cybersécurité sûres et fiables, la gestion de l'identité numérique, un cadre favorable à l’intelligence artificielle ainsi qu’une régulation juste pour les plateformes numériques dans l’UE".

> Souveraineté économique et industrielle

Le quatrième et dernier point de l'initiative franco-allemande souligne la nécessité de renforcer la souveraineté de l'UE en matière économique et industrielle et de donner "un nouvel élan au marché unique". Il suggère de soutenir "la diversification des chaînes de valeur" en "intégrant de nouvelles initiatives, notamment dans le domaine du commerce des produits de santés". Les investissements dans l'UE seront par ailleurs encouragés tandis que "le contrôle des investissements aux niveaux national et européen pour les investisseurs non européens dans les secteurs stratégiques", dont la santé, pourra être renforcé. 

Les deux premières puissances de l'UE appellent également à "adapter la stratégie industrielle de la Commission" lors de la reprise en modifiant par exemple les règles en matière d’aides d’Etat et des règles de concurrence. Ils souhaitent par ailleurs que le marché unique soit "approfondi" au moyen "d'une nouvelle feuille de route visant à créer un marché totalement intégré dans les domaines prioritaires (numérique, énergie, marchés financiers en particulier) avec des jalons clairs et un agenda législatif accéléré".

S'agissant de l'espace Schengen, ils disent vouloir faire en sorte que celui-ci "fonctionne pleinement" via notamment le renforcement des frontières extérieures et des obligations de coordination entre Etats en temps de crise. Sur un plan plus social, Emmanuel Macron et Angela Merkel réclament une accélération des discussions sur le cadre de l'UE pour la mise en place d'"un salaire minimum adapté aux situations nationales". 

Paul Louis