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Avec Thierry Breton, Emmanuel Macron choisit un candidat hostile aux priorités économiques de l'UE

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Le nouveau candidat de la France pour la Commission Européenne a toujours critiqué les règles européennes empêchant la constitution de géants industriels pour faire face à la concurrence chinoise ou américaine. Thierry Breton rêve même d'une adaptation européenne du "Make America Great Again" de Donald Trump.

Les débats promettent d'être houleux à la Commission européenne si la candidature de Thierry Breton est validée par le Parlement. Car l'ancien ministre de l'Economie de Jacques Chirac ne s'est pas toujours montré très tendre envers la précédente Commission et notamment la libérale Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence dans le précédent le nouvel exécutif européen. Le moins qu'on puisse dire est qu'il ne partage pas du tout les vues de la danoise membre du même groupe parlementaire que les eurodéputés de LaREM.

"Quand je vois que la Commission européenne tergiverse sur la possibilité de créer des champions, je pense à Siemens-Alstom, c'est un signe terrible envoyé à nos concitoyens européens et très maladroit avant les élections européennes", s'agaçait ainsi en janvier dernier sur LCI l'ancien patron du groupe Atos.

Et Thierry Breton de rappeler les précédents en la matière qui ont coûté cher à l'Europe. La Commission avait bloqué en 2001 la fusion entre Schneider et Legrand qui devait aboutir à la création du numéro un mondial de l'appareillage électrique.

"Quand elle a fait cela pour Schneider et Legrand, à l'époque j'étais administrateur de Schneider, l'Europe s'en est mordu les doigts. Elle a dû reconnaître son erreur quatre ans plus tard. Qu'elle ne l'oublie pas", prévient Thierry Breton.

Bruxelles avait d'ailleurs été condamné par la Cour européenne de justice à accorder un dédommagement à Schneider qui réclamait 1,7 milliard d'euros à l'exécutif européen.

"Une Europe forte"

Avec Thierry Breton à la Commission, les fusions entre ces groupes industriels n'auraient peut-être pas eu lieu car la décision appartenait à Margrethe Vestager, mais il se serait probablement battu pour faire reculer la commissaire à la Concurrence.

Car les deux ont une vision très différente de l'Europe. Quand la première défend une "Europe marché" sur lequel doit régner la concurrence, le second rêve d'une "Europe puissance industrielle" qui doit lutter avec les Chinois et les Américains. D'ailleurs, le potentiel futur Commissaire européen estime que l'Europe doit répondre à Donald Trump et à son "Make America Great again":

"Donald Trump a effectivement été élu sur un slogan: "Make America great again", "refaisons une Amérique forte". L'Europe doit répondre à ce slogan qui va changer le monde. Elle doit elle aussi faire à nouveau une Europe forte. L'isolationnisme prôné par Donald Trump va changer la donne politique, et les aspects militaires et de défense vont devenir absolument essentiels. Voilà pourquoi je plaide pour une mutualisation de la défense au niveau européen", déclarait-il sur FranceTVInfo en 2016. 

Un "souverainiste européen" qui plaide pour une reconquête de l'UE dans le numérique afin de contrer la domination des Américains aujourd'hui et des Chinois demain. 

"Contrairement à l'Europe, les États-Unis et la Chine possèdent des réservoirs homogènes de données considérables qui ont permis l'émergence des GAFA. C'est grâce à l'exploitation de ces données, à l'aide de technologies relativement simples, que des géants du numérique ont pu émerger dans ces pays-continents", expliquait-il en mai dernier lors d'un compte rendu au Sénat sur la souveraineté numérique.

L'industrie, le cloud computing, l'intelligence artificielle... Autant de secteurs sur lesquels Thierry Breton veut faire émerger des géants européens. 

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco