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Tracfin place à sa tête un spécialiste de l'argent du terrorisme

Bruno Dalles est le nouveau directeur de Tracfin, le service gouvernemental de lutte contre la fraude et le blanchiment.

Bruno Dalles est le nouveau directeur de Tracfin, le service gouvernemental de lutte contre la fraude et le blanchiment. - Capture d'écran canal U

Le service dédié à la lutte contre la fraude et le blanchiment a un nouveau directeur, Bruno Dalles, dont le profil colle parfaitement avec la priorité que la cellule compte donner à la traque des financeurs du terrorisme.

La lutte contre le financement du terrorisme était une des missions de Tracfin, la cellule de Bercy chargée de lutter contre la fraude et le blanchiment. Elle devient sa priorité, peut-être davantage que l'évasion fiscale sur laquelle elle s'était beaucoup concentrée ces derniers mois, à la faveur de fuites successives sur les détenteurs de compte en Suisse. En atteste la nomination, officialisée ce mercredi par Bercy, de Bruno Dalles à sa tête.

Son profil dénote par rapport à celui de son prédécesseur Jean-Baptiste Carpentier, dont le CV attestait surtout d'une grande connaissance de l'industrie, des affaires économiques et de la finance. Ce dernier devient d'ailleurs délégué interministériel à l'intelligence économique.

Dans le communiqué qui annonce sa succession, le ministère des Finances précise justement que "Tracfin assure un rôle plus stratégique que jamais en matière de lutte contre le financement du terrorisme". Justement, Bruno Dalles possède de par son expérience une expertise spécifique des fonds illégaux et des réseaux destinés à financer les attentats et autres activités de terreur.

Co-rédacteur d'une loi consécutive au 11 septembre

L'homme au très léger accent du sud-ouest - il vient de Carcassonne - débute sa carrière dans la gendarmerie nationale, puis devient magistrat en 1994. Juge d'instruction, président de juridiction correctionnelle, juge de l'exécution des peines, juge des référés, et enfin procureur de la République en 1997. A ce poste, il rédige des circulaires "qui nous causent à tous", soulignait la vice-procureur Cécile Gensac dans Le Parisien du 2 février 2010. Comme celle qui interdit l'usage du portable au volant, celle qui impose de filmer l'audition des victimes mineures, ou encore une sur les interdictions de territoire des étrangers. 

C'est tout particulièrement depuis le début des années 2000 que son profil penche vers l'antiterrorisme. Jusqu'en 2003, il s'active en effet à la direction de la lutte contre la criminalité organisée, le terrorisme et le blanchiment au ministère de la justice. Dans ce cadre, il participe à la rédaction de textes destinés à faciliter la lutte contre le terrorisme, votés consécutivement aux attentats du 11 septembre. C'est la loi du 15 novembre 2001, autrement appelée "loi relative à la sécurité quotidienne".

Un ancien des douanes

Cette législation intègre divers moyens de lutter contre le terrorisme et les trafics, notamment d'armes. Y figure notamment l'amendement 2, qui oblige les fournisseurs d'accès à internet à conserver les données de connexion de leurs abonnés pendant un an. Elle rend en outre passible de prison le fait de refuser un prélèvement ADN.

Enfin juste avant de venir à Tracfin, Bruno Dalles prend la direction du service national de la douane judiciaire au sein du ministère des Finances, un service créé en 2002 pour lutter contre "les trafics d’alcool, de cigarettes, de stupéfiants", expliquait-il au Pays Briard du 10 septembre 2012. Des activités illégales qui, comme le soulignait Slate début 2013, figurent parmi les principales sources d'approvisionnement en cash de groupes terroristes au Sahel et au Moyen-Orient.

Nina Godart
https://twitter.com/ninagodart Nina Godart Journaliste BFM Éco