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Réforme des retraites: Macron fait les yeux doux à la CFDT

Emmanuel Macron au 20 heures de France 2

Emmanuel Macron au 20 heures de France 2 - France Télévision- AFP

Le chef de l'État a fait part lundi de sa préférence pour un calcul des droits à la retraite basé sur la durée de cotisation plutôt que sur l'âge de départ. Un geste d'ouverture envers le premier syndicat de France hostile au principe d'un âge "pivot" à 64 ans s'appliquant uniformément à tous les salariés.

Depuis la présentation à la mi-juillet du rapport Delevoye sur la refonte du système des retraites, une proposition a particulièrement cristallisé les tensions: celle de la mise en place d'un âge pivot à 64 ans, en deçà duquel les actifs qui partiraient à la retraite toucheraient une pension minorée. Tandis que ceux qui décideraient de travailler plus longtemps auraient droit à un bonus. Cette manière d'inciter les Français à travailler plus longtemps a provoqué une levée de bouclier chez les syndicats.

Notamment auprès de la CFDT qui, bien que soutenant l'idée du futur système universel des retraites à points, voyait dans l'instauration de cet âge à taux plein à 64 ans "un point rouge".

Lundi soir, Emmanuel Macron a fait part de sa préférence pour un calcul des droits à la retraite basé sur la durée de cotisation plutôt que sur l'âge de départ. "Car si vous avez un accord sur la durée, si vous commencez plus tard, vous finissez plus tard, et quand vous commencez plus tôt vous partez plus tôt", a-t-il plaidé sur l'antenne de France 2.

Faut-il y voir un revirement de stratégie de la part du chef de l'Etat ? "C'est un mouvement mesuré de sa part, estime Raymond Soubie, président d'Arfilia. Emmanuel Macron avait promis lors de sa campagne présidentielle de ne pas modifier l'âge de départ à la retraite". 

Cette annonce est plutôt une main tendue vers les syndicats, alors que le gouvernement doit rencontrer les partenaires sociaux les 5 et 6 septembre autour de la réforme des retraites. L'occasion aussi de se ménager le soutien de la CFDT. "Le syndicat est depuis dix ans partisan d'un système de retraite universel, rappelle Raymond Soubie. Emmanuel Macron se préserve donc potentiellement cet allié en écartant ce point de friction avec son leader Laurent Berger. Ce dernier a salué les propos d'Emmanuel Macron sur l'âge pivot pour les retraites. "On attend les concertations avec le Premier ministre la semaine prochaine, pour regarder comment ça va bouger", a-t-il ajouté, prudemment.

Une remise à plat des régimes qui va faire débat

"Au vu des écueils à venir, il est difficile pour la CFDT d'apparaître comme un allié sans faille du gouvernement, alors qu'elle n'a pas tous les éléments concrets en main", analyse l'expert en politique sociale Raymond Soubie.

Car les points de frictions s'annoncent nombreux dans la remise à plat des 42 systèmes de retraite actuels. Notamment sur la manière d'établir la valeur des points, avec le calcul délicat pour les fonctionnaires et les professions libérales.

Travailler plus longtemps quelle que soit la méthode

Mais il faut aussi raison garder sur les conséquences de la mise de côté de l'âge de départ à la retraite de 64 ans. La mise en place de la durée de cotisation plus longue conduira factuellement de nombreux Français à rester dans le vie active plus longtemps s'ils veulent bénéficier d'une retraite à taux plein. "Ce que propose Emmanuel macron c'est la même chose, c'est obliger les gens à travailler plus de 43 ans pour avoir une retraite à taux plein quel que soit l'âge. Donc on voit bien que cela revient au même, cela oblige les gens à travailler beaucoup plus longtemps", a réagi Catherine Perret, secrétaire confédérale de la CGT, en charge du dossier sur la réforme de la retraite sur BFMTV.

"Ce qui pourrait apparaître comme une position moins arbitraire va conduire beaucoup de personnes à travailler au-delà de 64 ans", juge de son côté le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier.

Effectivement, les moyens pour redresser les finances du régime des retraites sont limités. Il faut soit repousser l'âge de départ à la retraite, une mesure brutale mais qui a l'avantage d'avoir des retombées financières rapides. Soit mettre en place un âge pivot, mesure plus incitative dont les retombées dépendent de la bonne volonté des Français à vouloir travailler plus longtemps pour avoir une retraite plus élevée. La troisième voie est d'allonger la durée de cotisation comme le soutient Emmanuel Macron. "C'est une méthode plus douce puisque l'on ne fixe pas d'âge, mais cela conduit à travailler plus longtemps", met en avant Raymond Soubie. Un choix qui a déjà été lors de la réforme des retraites dite Touraine, qui a allongé progressivement la durée de cotisation entre 2020 et 2035 pour la porter à 172 trimestres pour tous les salariés nés à partir de 1973.

Coralie Cathelinais