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Réduction du nombre de fonctionnaires: Macron est loin du compte

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L'objectif affiché par le chef de l'Etat est de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires sur l'ensemble du quinquennat dont 50.000 dans la fonction publique nationale. Pour l'heure, on est très loin du compte.

Attention sujet brûlant. Alors que le gouvernement travaille au budget 2019 et que le président de la République a validé des coupes dans les dépenses, la question de la réduction du nombre de fonctionnaires pourrait bien s'inviter dans le débat ces prochaines semaines. Car Emmanuel Macron s'était engagé durant la campagne présidentielle à réduire le train de vie de l'Etat en diminuant le nombre de fonctionnaires. Il avait même avancé le chiffre de 120.000 postes en moins sur l'ensemble du quinquennat: 50.000 dans la fonction publique d'Etat, 70.000 dans les collectivités territoriales. De quoi économiser 1,6 milliard d'euros dans la fonction publique nationale et 1,8 milliard dans les collectivités, soit 3,4 milliards d'euros de dépenses annuelles en moins.

Mais le gouvernement en est encore loin. Sur le budget 2018, ce sont à peine 1600 postes de fonctionnaires qui ont été supprimés. Il reste quatre budget pour atteindre les 50.000 suppressions envisagées, soit 12.000 par an. Sachant que les dernières années de mandat ne sont en général peu propices aux coupes budgétaires, l'exécutif ne dispose que de trois budgets pour atteindre son objectif, soit plus de 16.000 postes par an en moyenne. Le défi paraît compliqué. Après une première année quasiment blanche sur le sujet, le gouvernement songerait pour le moment à baisser les effectifs de 10.000 postes dans la fonction publique d'Etat en 2019, selon Le Monde.

L'inflation des effectifs dans la territoriale

Ce qui serait largement insuffisant puisque dans le même temps, le gouvernement a déjà prévu des augmentations d'effectifs dans certains ministères, comme la Justice (6.000 créations de postes sur le quinquennat), la Défense (2.000 créations), l'Intérieur (plusieurs milliers de créations) et probablement l'éducation nationale avec la hausse du nombre de classes en zones rurales. Or ces administrations représentent à elles-seules 85% des effectifs de la fonction publique d'Etat. Supprimer 12.000 postes par an dans les effectifs des ministères non prioritaires (350.000 agents en France) sera très compliqué.

Quid de la fonction publique territoriale? C'est elle dont les effectifs ont le plus progressé depuis 30 ans. Les communes, régions, départements et EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) ont vu leurs effectifs augmenter régulièrement depuis les années 80. Rien qu'entre 2002 et 2013, relève la Cour des comptes, les effectifs de fonctionnaires territoriaux ont progressé de près de 28%, soit 405.000 agents supplémentaires. La France comptait 1,98 million d'agents territoriaux au 31 décembre 2016.

Voilà pourquoi l'Etat souhaite davantage tailler dans ces effectifs avec un objectif de 70.000 suppressions sur le quinquennat. Problème: le gouvernement ne peut intimer directement aux collectivités territoriales de supprimer des postes. C'est aux élus locaux de décider. Ils sont d'ailleurs timidement commencé à le faire avec un recul de 0,4% en 2016 selon l'Insee. Le seul levier dont dispose l'exécutif pour faire plier les collectivités territoriales, c'est la baisse de ses dotations. Contraintes de réduire leurs dépenses, nombreuses sont celles qui gèlent les embauches.

Améliorer la productivité avant de penser aux effectifs

Mais ça ne suffit pas. La faute au statut de fonctionnaire des agents. Les collectivités doivent se contenter de ne pas remplacer des départs en retraite. Elles n'ont pas d'autres marges de manoeuvre pour réduire les effectifs. "Or même ça, ce n'est pas facile, observe un élu local. Nous avons des effectifs pléthoriques dans certains services mais nous manquons aussi de compétences dans d'autres. Et quand un juriste part en retraite, nous ne pouvons pas le remplacer par un employé des espaces verts." 

Bref la diminution du nombre de fonctionnaires relève d'une ambition à très long terme. D'autant que l'enjeu n'est peut-être pas là. "La véritable question à régler c'est celle de la productivité, professeur d'économie et membre honoraire du Conseil économique et social. Quand vous voyez les hôpitaux privés à but non lucratif ou l'enseignement scolaire privé qui produit les mêmes résultats que le public avec des coûts 15% moins élevés, c'est de cette organisation qu'il faut s'inspirer. Ça ne veut rien dire "diminuer les effectifs". Si vous repensez l'organisation, si vous proposez des progressions au mérite, si vous supprimez le statut de fonctionnaire dans des services pour lesquels ça n'a pas de sens, vous allez augmenter la productivité. et c'est seulement après qu'il faut se poser la question des sur-effectifs."

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco