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Pourquoi le travail permet, mais ne garantit pas, la sortie de la pauvreté

La prime pour l’emploi, plusieurs fois revalorisée, a rendu plus intéressante la reprise d’activité pour un niveau de rémunération égal au SMIC.

La prime pour l’emploi, plusieurs fois revalorisée, a rendu plus intéressante la reprise d’activité pour un niveau de rémunération égal au SMIC. - Georges Gobet-AFP

"Le travail paie significativement plus qu’une situation d’inactivité, même pour de très faibles niveaux de rémunération" selon une étude de France Stratégie. Mais un seul Smic à temps plein, s’il permet aux célibataires (avec ou sans enfants) de sortir de la pauvreté, ne préserve pas les couples de la "pauvreté laborieuse".

La reprise d'un travail garantit-elle aux plus modestes, allocataires du RSA, la sortie de la pauvreté ou à défaut la hausse de leur niveau de vie? France Stratégie (service d'analyse et de prospective rattaché au Premier ministre) a étudié les effets de la politique sociale française consistant à concilier l'aide aux plus démunis avec l'incitation des sans emploi à reprendre une activité.

"Alors que ce n’était souvent pas le cas en 2000, le travail paie, quelle que soit la configuration familiale" affirment les auteurs de cette étude publiée ce lundi 16 décembre et intitulée, "Protection contre la pauvreté et gains monétaires au travail depuis vingt ans".

La reprise d'activité paie plus systématiquement

Jusqu’en 2004, le revenu disponible d’un célibataire sans emploi était plus élevé que celui d’un célibataire travaillant à mi-temps à cause notamment de la dégressivité des aides au logement lorsque le revenu augmentait. "L’introduction de la prime pour l’emploi, revalorisée plusieurs fois, a mis fin à cette situation" selon France Stratégie.

Lorsqu’une personne reprend une activité, "le ménage auquel elle appartient voit dans tous les cas son revenu disponible -donc son niveau de vie- progresser. La prime pour l’emploi, plusieurs fois revalorisée, a d’abord rendu intéressante la reprise d’activité pour un niveau de rémunération égal au SMIC" constatent les experts de France Stratégie.

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D'autre part la mise en place du "RSA activité a rendu intéressante la reprise d’un emploi dès les premiers euros gagnés. Ainsi "pour un célibataire, un mi-temps au Smic procure un gain de niveau de vie de près de 40%, alors que ce gain était nul au début des années 2000", explique France Stratégie.

La récente revalorisation de la prime d’activité, survenue début 2019 à la suite de la crise des gilets jaunes, "a encore renforcé les gains à la reprise d’emploi pour ce niveau de rémunération. Une personne seule occupant un emploi à temps plein payé au Smic dispose ainsi d’un niveau de vie supérieur de 86% à celui d’une personne seule sans revenu d’activité" souligne l'étude.

1445 euros pour un célibataire sans enfant avec Smic et prime d'activité

Par exemple, un célibataire sans enfant dispose d’un revenu disponible mensuel de 774 euros s’il n’a aucun revenu d’activité, de 1055 euros pour un mi-temps payé au Smic et enfin de 1445 euros pour un temps plein payé au Smic. De même, en 2018, une personne isolée avec un enfant qui reprenait un travail à mi-temps payé au Smic sortait de la pauvreté.

Mais certains points noirs subsistent (cf encadré ci-dessous). "L’amélioration est générale, sauf pour les personnes vivant avec un conjoint en emploi rémunéré au niveau d’un Smic, pour lesquelles le gain financier d’un retour à l’emploi est plus faible qu’en 2000", explique l'étude.

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"Si le travail paie désormais dans tous les cas, il ne garantit pas de sortir de la pauvreté. Avec un seul emploi au Smic à mi-temps, seuls les ménages isolés avec un enfant y parviennent. Les couples monoactifs, avec ou sans enfants, restent pauvres, avec un niveau de vie à 85 % du seuil de pauvreté.

Toujours pour un couple où un seul des conjoints travaille, avec un emploi à temps plein rémunéré au Smic, la situation s’est également très nettement améliorée, "mais le niveau de vie reste en 2018 légèrement inférieur au seuil de pauvreté (entre 93 % et 98 % du seuil de pauvreté selon le nombre d’enfants)". Conclusion: même avec un emploi à temps plein au Smic, les couples mono-actifs restent en dessous de ce seuil de pauvreté.

les ménages sans emploi voient leur situation se dégrader

Le pouvoir d’achat des ménages allocataires sans emploi a progressé depuis 2000, entre +3 % et +14 % selon la configuration familiale. Pourtant, comme le revenu médian a progressé de 15% sur la période, leur niveau de protection contre la pauvreté monétaire s’est dégradé.

"Leur éloignement du seuil de pauvreté est aujourd’hui supérieur de 3 à 8 points de pourcentage à ce qu’il était en 2000, sauf pour les ménages avec trois enfants" constate France Stratégie.

"En 2018, une personne seule sans revenu d’activité, bénéficiaire du RSA et des aides personnelles au logement, disposait d’un niveau de vie égal à 72 % du seuil de pauvreté monétaire. Un ménage composé de deux parents et de deux enfants, sans revenu d’activité, bénéficiant à la fois du RSA, des aides personnelles au logement et des prestations familiales, disposait quant à lui d’un niveau de vie s’établissant à 65 % du seuil de pauvreté monétaire" explique le service d'étude et de prospective rattaché au Premier ministre.

Quelle que soit la configuration familiale, les ménages allocataires sans emploi restent pauvres, le niveau de vie maximum étant atteint par les ménages isolés avec trois enfants, à 80 % du seuil de pauvreté.

Frédéric Bergé