BFM Business

Régionales: le désenchantement, vainqueur annoncé du scrutin

L?ABSTENTION AUX RÉGIONALES DE 2004

L?ABSTENTION AUX RÉGIONALES DE 2004 - -

PARIS - Malgré la mobilisation des états-majors des partis politiques, le désintérêt des électeurs pourrait être le grand vainqueur des élections...

PARIS (Reuters) - Malgré la mobilisation des états-majors des partis politiques, le désintérêt des électeurs pourrait être le grand vainqueur des élections régionales de dimanche en France, où l'abstention s'annonce considérable.

Si les craintes des analystes se vérifient, les urnes traduiraient le malaise des Français traumatisés par la crise et le chômage -- un désenchantement déjà constaté par le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye.

"Notre société est fracturée mais jamais cette réalité n'a été aussi aiguë", écrit-il en introduction de son rapport 2009 publié le mois dernier.

A ses yeux, "notre société en quête de sens se révèle aujourd'hui plus usée psychologiquement que physiquement".

Pour Jérôme Saint-Marie, directeur de BVA Opinion, "ce qui rend cette élection difficile à commenter, c'est qu'elle est désertée par les électeurs".

A cinq jours du premier tour, il se dit "frappé par le fait que dans certaines régions les instituts de sondage sont assez loin les uns des autres. On connaît mal les opinions des électeurs".

Selon les instituts de sondages, au moins un électeur sur deux ne se votera pas ce 14 mars.

Le précédent record d'abstention date de 1998 - 42%, pour un scrutin qui s'était traduit par une forte poussée de la gauche.

En 2004, 39,2% des électeurs ne s'étaient pas déplacés.

Dimanche, pour la première fois depuis 25 ans, les élections régionales sont dissociées de tout autre scrutin, notamment des cantonales prévues pour 2011.

Autre particularité : ces élections sont les dernières sous cette forme puisque les conseillers régionaux, dont le mandat est écourté de deux ans, laisseront théoriquement place en 2014 à des conseillers territoriaux, siégeant à la fois à la région et au département.

Pour conjurer la menace abstentionniste et la "vague rose" prédite par les sondages, les ténors de la majorité se jettent dans la bataille, à l'heure des derniers meetings d'avant premier tour.

L'ABSTENTION TOUCHE LES ÉLECTEURS DE DROITE

Malgré ses promesses antérieures de ne pas s'impliquer, le président Nicolas Sarkozy est mardi en Franche-Comté, convoitée par son secrétaire d'Etat à la Coopération, Alain Joyandet.

Le Premier ministre, François Fillon, soutiendra les candidats de l'UMP jeudi à Nantes et vendredi à Beauvais (Oise).

Si les enquêteurs annoncent un raz-de-marée à gauche, aujourd'hui à la tête de 20 régions métropolitaines sur 22, des incertitudes demeurent, à commencer par le score socialiste.

Lors des élections européennes de juin 2009, 18% de l'électorat avait choisi son camp le jour du vote. D'où le score surprise d'Europe Ecologie, à quasi égalité avec celui du PS.

"La victoire de la gauche semblant acquise dimanche, un certain nombre d'électeurs pourrait décider de se faire plaisir en allant vers Europe Ecologie ou le Front de gauche", note Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique de CSA.

Autre nouveauté : l'abstention, qui est traditionnellement la marque des classes populaires et des jeunes, s'étend aux électeurs de droite.

Elle touche désormais les personnes âgées et les catégories professionnelles aisées, qui refusent à la fois de voter à gauche et de cautionner Nicolas Sarkozy, estime Jean-Daniel Lévy, pour qui "l'abstention est un message politique".

Pour Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP, une partie de l'électorat de droite "n'a peut être pas bien mesuré combien il est important qu'il y ait des régions qui relaient la politique du pouvoir national pour qu'elle soit encore plus efficace auprès de nos concitoyens".

La gauche "a une soif de revanche et son électorat traditionnel aussi, et c'est ce qui l'incline à se mobiliser davantage", analysait-il lundi en marge du point de presse hebdomadaire de l'UMP.

L'une des grandes inconnues reste le score du Front national, que les sondages situent entre 9% et 11%, autour de la barre des 10% qualificative pour le second tour.

Le report des voix FN vers la droite "est nettement moins bon que par le passé", note Jean-Daniel Lévy, selon qui un électeur du parti de Jean-Marie Le Pen sur deux affirme qu'il n'ira pas voter au second tour.

Elizabeth Pineau, avec Service France, édité par Sophie Louet