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Recyclage: comment l'Alsace tente de relancer la consigne des bouteilles en verre

L'Alsace veut relancer la consigne de verre

L'Alsace veut relancer la consigne de verre - PHILIPPE HUGUEN / AFP

En Alsace, l'association Zéro Déchet Strasbourg en partenariat avec trois fabricants régionaux de boissons a lancé le réseau "Alsace Consigne" pour relancer une pratique tombée en désuétude et qui manque souvent de visibilité.

Boire une bouteille de bière ou d'eau pétillante, la ramener au supermarché et récupérer un bon d'achat: l'Alsace tente de relancer la consigne de verre, une pratique écologique tombée en désuétude en France, mais pleinement usitée de l'autre côté du Rhin. Lorsqu'ils font leurs courses, les Allemands rapportent avec eux un voire plusieurs sacs remplis de bouteilles en verre et en plastique afin de récupérer le montant payé en plus au moment de leur achat. Des machines automatiques reconnaissent le type de bouteilles, déterminent le montant à rembourser puis recrachent un bon sur lequel figure la somme totale à restituer au consommateur. Celle-ci peut être récupérée en monnaie ou soustraite du montant des courses.

Un réseau pour redonner goût à la consigne 

Quasiment disparues partout ailleurs en France après les années 1960 avec le développement du recyclage du verre, 25 millions de bouteilles consignées -pour la somme généralement de 20 centimes- sont encore récupérées chaque année en Alsace, mais surtout dans l'hôtellerie-restauration. Dans la moyenne et grande distribution, plusieurs centaines de points de vente ont encore une machine à "déconsigner", mais souvent cachée au fond du magasin et ne reprenant que deux ou trois gammes de bouteilles.

"Elles ne sont pas rares les personnes pensant que la consigne a disparu, (...) Il faut donc que le consommateur ait l'impression que la consigne est à sa juste place et facile d'usage", explique Simon Baumert, cofondateur de l'association Zéro Déchet Strasbourg. 

Pour relancer la tradition, l'association, associée à trois fabricants régionaux de boissons -la brasserie Meteor, la marque d'eau Carola, et celle d'eaux et limonades Lisbeth-, a lancé mardi le réseau "Alsace Consigne". Il va, dans un premier temps, mettre en place des magasins pilote mettant bien en avant le système de consigne et les gammes de bouteilles pouvant être ramenées, et développer une carte interactive des points de vente reprenant du verre consigné.

"Y compris dans une région où une tradition existe, comme en Alsace, elle demande à être réactivée et modernisée", souligne Valérie Siegler, directrice générale de Carola, marque d'eaux minérales très présente dans la région.

La bouteille peut être réutilisée une vingtaine de fois

Alors que 45% des emballages ménagers sont en verre, "la consigne, c'est économique et c'est écologique", défend Edouard Haag, directeur général de la brasserie familiale Meteor à Hochfelden, assurant qu'une bouteille de la même bière est "20% moins cher" en verre consigné. 

Une bouteille consignée va aussi produire 79% de gaz à effet de serre de moins qu'une bouteille dite de verre perdu. Celle, par exemple, de 75 cl de bière Meteor va pouvoir être réutilisée en moyenne plus de 19 fois, ce qui fait qu'elle peut circuler pendant plus de six années, a relevé l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), qui a publié à l'automne une étude sur dix initiatives de réemploi du verre.

"C'est une demande importante de nos clients"

À l'hypermarché Auchan d'Illkirch-Graffenstaden, au sud de Strasbourg, l'idée de remettre une machine à déconsigner les bouteilles fait son chemin. "Il y en avait une avant, mais elle a été enlevée il y a des années, ça ne correspondait plus du tout aux attentes de nos clients. Mais ce qui était tombé en désuétude revient extrêmement fortement", notamment du fait de "la sensibilité des gens à l'environnement", dit Frédéric Agaud, directeur de l'hypermarché, en assistant à la présentation du réseau Alsace Consigne. 

"Cela va impliquer d'investir dans une machine, d'avoir une équipe qui va réceptionner les bouteilles consignées, puis toute une chaîne logistique pour renvoyer ces consignes auprès du fabricant. Donc, c'est toute une organisation à mettre en place, mais aujourd'hui, on est partant pour se pencher sur le projet car on sent que c'est une demande importante de nos clients", a-t-il ajouté.

À l'unisson du souhait de plus en plus grand de consommer local, la pratique de la consigne est surtout intéressante à une échelle régionale, sans grand trajet à faire pour collecter les bouteilles et les ramener à l'usine d'embouteillage. "Au-delà de 300 km de transport, son intérêt écologique est limité", estiment les membres d'Alsace Consigne.

Paul Louis avec AFP