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Quand Marine Le Pen se prend les pieds dans le tapis sur l'euro

Lors de son débat face à Emmanuel Macron, la candidate Front national s'est emmêlé les pinceaux au sujet de son projet qui vise à faire de la monnaie unique, une monnaie "commune". Une faille immédiatement exploitée par son adversaire du soir.

Cela a été l'une des grandes passes d'armes entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Mercredi soir, lors du débat télévisé opposant les deux qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle, la candidate frontiste a exposé son projet qui vise à transformer l'euro en monnaie commune et non plus en monnaie unique.

"L'euro, c'est la monnaie des banquiers, ce n'est pas la monnaie du peuple", et "c'est la raison pour laquelle il faut que l'on arrive à s'arracher à cette monnaie", a-t-elle notamment affirmé.

"Je n'ai pas compris du tout"

Les déclarations de la candidate frontiste n'étaient toutefois pas très claires. Ce qu'Emmanuel Macron s'est fait une joie d'exploiter. "Je n'ai pas compris du tout. L'euro c'est important, c'est la monnaie pour nos concitoyens, c'est avec quoi on paie. On sort de l'euro ou pas? On revient au franc ou pas?", a-t-il questionné.

"Il faut retrouver notre monnaie nationale, c'est essentiel", répond alors Marine Le Pen. "Donc vous proposez bien de sortir de l'euro?", relance Emmanuel Macron. "Non, je veux le renégocier pour qu'on se libère de l'euro et qu'on le transforme en monnaie commune", enchaîne la leader du FN.

Répondant toujours aux questions d'Emmanuel Macron, Marine Le Pen explique alors que les particuliers et les petites entreprises paieraient en franc alors que "les banques centrales et les grandes" utiliseraient elles l'euro.

Le piège de Macron

La candidate frontiste assure alors que cette situation existait déjà "avant que l'euro devienne notre monnaie physique. C'était l'euro, déjà, et avant lui c'était l'ECU" (european currency unit, l'ancêtre de l'euro, ndlr).

"Donc les entreprises payaient en euro, en ECU?", interroge alors Emmanuel Macron, tendant en fait un piège. "Eh oui, de 1993 à 2002, les entreprises pouvaient payer en euro, ce système a parfaitement fonctionné dans le cadre du SME (système monétaire européen, ndlr). De 1993 à 2002 c'était plutôt performant", assure alors Marine Le Pen.

Elle commet alors une erreur qu'exploite Emmanuel Macron.

"Une grande entreprise ne pourra pas payer en euro d'un côté et payer ses salariés en francs de l'autre. C'est n'importe quoi, Marine Le Pen cela n'a jamais existé! L'ECU était une monnaie de référence, personne ne payait en ECU", assène alors le leader d'En Marche!

"L'ECU n'était pas une monnaie"

Effectivement, l'ECU, introduit de 1979 à 1999 (il est alors remplacé par l'euro) était une monnaie virtuelle dont la valeur était basée sur un panier de devises européennes. Elle servait de référence aux différents pays européens. Leurs devises nationales avaient un taux pivot par rapport à cet ECU (exemple: en 1997, l'ECU valait 6,61 francs et 1,96 deutschemark), cours dont elles pouvaient toutefois s'écarter de +/- 2,25%.

L'idée de l'époque était de limiter les fluctuations monétaires entre les pays partageant cette devise commune et d'éviter ainsi une guerre des monnaies au sein de l'espace économique européen. Mais à aucun moment l'ECU ne servait à payer des transactions (sauf pour quelques institutions européennes et, effectivement, les banques centrales, mais pas les entreprises). "L'ECU n'était pas une monnaie, c'était une unité de compte. On pouvait compter en ECU, on ne pouvait pas payer en ECU", expliquait lundi sur BFM Business Agnès Benassy-Quéré, professeur à la Paris School of Economics.

D'ailleurs, Jean-Richard Sulzer et Bernard Monot, les deux stratèges économiques du FN, avaient bien précisé à BFMbusiness.com, mardi, que le projet du parti d'extrême droite était de transformer l'euro en une monnaie "unité de compte". Si elle servirait ainsi à libeller des transactions entre deux entreprises européennes, les paiements seraient toujours effectués dans les monnaies nationales.

Par ailleurs, Marine Le Pen a également déclaré par la suite que le franc "permettra de retrouver un niveau (de change, ndlr) adapté à notre économie et donc d'exporter à nouveau et de partir à la conquête du monde". Une affirmation jugée, là encore, pas très claire sur Twitter par le chef économiste de Natixis AM, Philippe Waechter.

L'euro qui mine pas tant que cela le pouvoir d'achat

Ce jeudi, sur BFMTV-RMC, Marine Le Pen est revenue sur ce sujet. Elle a assuré que, pour les Français, le taux de conversion serait d'un euro pour un franc. "Les Français ne verront pas la différence (lors du changement de monnaie). Une baguette à un euro vaudra un franc, si les Français touchent 1.500 euros ils toucheront 1.500 francs. Le passage de l'euro au franc sera beaucoup plus simple que le passage du franc à l'euro".

À l'inverse, la candidate frontiste a soutenu que le passage du franc à l'euro s'est accompagnée "pour les Français d'une explosion des prix et d'une baisse du pouvoir d'achat". "Les Français, tous se sont rendus compte que lorsqu'on est passé du franc à l'euro, les prix ont été parfois multipliés par six", a-t-elle affirmé. 

Sauf que lorsque l'on observe la courbe de l'indice des prix à la consommation, principale mesure de l'inflation, de l'Insee, on s'aperçoit que les prix ont très progressivement augmenter. Difficile donc d'affirmer que le passage à l'euro a multiplié les prix par six. 

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Julien Marion