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Pourquoi le Portugal fait trembler les marchés

Le Portugal risque d'être gagné par une crise politique.

Le Portugal risque d'être gagné par une crise politique. - -

La Bourse de Lisbonne a ouvert en baisse de 6%, ce mercredi 3 juillet, et les coûts d'emprunt du pays avoisinent les 8% à 10 ans. La situation politique et les multiples démissions de l'exécutif portugais sont à l'origine de ce mercredi noir.

Une nouvelle fois, les déboires politiques d'un pays font plonger les Bourses européennes, ce mercredi 3 juillet. Vers 10h30 la Bourse de Paris, à titre d'exemple, perdait près de 1,6%, Francfort 2% et Madrid 3%.

A l'origine de ces remous, le spectre d'une crise politique au Portugal: la Bourse de Lisbonne a ainsi chuté de plus de 6% à l'ouverture, et la dette portugaise à 10 ans s'échange actuellement à des taux inédits depuis novembre 2012. Ce mercredi matin ces taux ont dépassé les 8%.

De fait, les investisseurs sont gagnés par l'aversion au risque. Lundi, le ministre des Finances, Vitor Gaspar, considéré comme le champion de l'austérité portugaise, a posé sa démission. Il a été rejoint, mardi soir par le ministre des affaires étrangères Paulo Portas. Ce dernier est le chef du petit parti conservateur, le CDS-PP, qui permet au Premier ministre Pedro Passos Coelho, de disposer d'une majorité relative au Parlement portugais.

Une politique économique contestée

Son retrait pourrait signifier la fin de cette majorité et donc l'impossibilité pour le gouvernement de mener à bien le programme de cadrage budgétaire défini par la troïka, en échange de l'aide internationale. D'autant plus que, dans sa lettre de démission, Paulo Portas a clairement exprimé son désaccord avec la poursuite de la politique de rigueur.

Pedro Passos Coelho a indiqué, mardi soir, qu'il refusait la démission de Paulo Portas par crainte, justement, de la "menace d'instabilité que cela entraînerait". "Dans les prochaines heures, je chercherai à clarifier et assurer toutes les conditions pour surmonter cette crise", avait-il ajouté.

Cette situation "ajoute de la tension, d'autant plus que les derniers audits de la troïka au Portugal n'ont pas été brillant", explique Cyril Regnat, stratégiste obligataire chez Natixis, "Or les marchés n'aiment pas l'incertitude politique".

Un petit effet de contagion

Une impasse politique serait d'autant plus grave qu'elle empêcherait le pays de mener à bien ses réformes. Et "le problème est que c'est justement la capacité du pays à se réformer" qui est jugée par les marchés, rappelle Cyril Regnat.

Ce dernier estime que la réaction du marché est "assez impressionnante". Mais il table sur un scénario optimiste, avec des tensions qui retomberaient dans les prochains jours, d'autant plus qu'il n'est pas dans l'intérêt de la troïka de laisser la situation déraper.

Ce n'est pas non plus dans l'intérêt de la zone euro. Ce mercredi, un petit effet de contagion s'observait sur les autres pays du sud de l'Europe, les taux à 10 ans de la dette espagnole se tendaient ainsi de 0,10%, ceux de la dette italienne de 0,08%.

A l"inverse, les pays "cœur" de la zone euro profitaient de ces tensions, voyant leurs coûts d'emprunts diminuer. La dette française à 10 ans perdait ainsi 0,04% à 2,26%.

Julien Marion